dimanche 19 avril 2015

Zimbawbe et Zambie; Les chutes Victoria!!!

En ce 14 Décembre 2014, après un peu plus d’une heure de trajet au départ de Johannesburg, j’arrive à l’aéroport des chutes Victoria, au Zimbabwe. De grosses différences sont à noter par rapport aux précédents pays visités. J’ai décidé de prendre l’avion que j’évite habituellement lorsqu’un trajet routier est possible.

Mais plusieurs raisons m’y ont poussée. La première est le temps. Pour découvrir un pays, j’aime bien passer un minimum de 3 semaines à un mois pour avoir le temps de m’imprégner un peu de la culture, des modes de vie et visiter les principales attractions qui me donnent envie. Cette fois-ci, je ne reste que quelques jours, près d’un des sites les plus spectaculaires du pays. Je n’avais pas envisagé d’aller les voir, de me rendre dans ce pays, mais les récits de nombreux voyageurs m’ont convaincus de m’y rendre. De plus, il aurait été dommage d’être si près d’un tel lieu et de ne pas l’explorer. Qui plus est, cela ne remet pas en cause tout mon planning ni mon itinéraire, qui se définit de plus en plus, pour les semaines à venir, lors de ce tour dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, des pays du sud de l’Afrique.

La deuxième raison concerne l’aspect financier. Il était moins chers de prendre un vol depuis Johannesburg, que de prendre un bus pour partir de la même destination, passer par la capitale Harare, qui n’a pas de centres d’intérêts touristiques très développer, et finalement me rendre dans le Nord-Ouest du pays, avec un trajet 10 fois plus long. De plus, après une grosse récession, la monnaie zimbabwéenne a été dévaluée et le dollar américain, est devenu la monnaie d’échange. Cela a eu pour effet d’augmenter sensiblement le prix de la vie dans ce pays assez développé et au niveau d’étude très élevé  pour un pays de cette région.

L’ex-Rhodésie se relève doucement de deux périodes mouvementés de son existence. Après s’être affranchie d’un régime minoritaire blanc raciste et corrompu, la politique autocratique de son vieux président, qui était au pouvoir depuis 1981, a fragilisée tout le pays et contribuée à la situation actuelle. Les habitants vivent pour la plupart plus décemment que leurs voisins, mais la redistribution des terres entre «Blancs» et «Noirs» a provoqué une grave crise agricole, après s’être déroulé dans un climat de violences raciales. Suite à cette grave crise agraire, 70% de la population s’est retrouvé sans emploi. En 2006, l’inflation dépasse les 1000% et les 100 000% en 2007. Il y a eu alors un fort exode de la population vers les pays voisins. Puis en 2008, le pays atteint des taux record avec 100 580% d’inflation et un chômage à 80%. Ceux ne sont pas que des chiffres. Le pays et ces habitants ont beaucoup soufferts de cette situation économique même ils s’en sont relevés plutôt très bien.

En tout cas, j’ai décidé pour cette fois-ci de ne faire qu’une petite halte dans ce pays, pour y découvrir quelques aspects particuliers, non ce dernier dans son ensemble. Je ne verrais donc pas sa capitale Harare, quelques magnifiques parcs animaliers, qui représentent 13% de son territoire. Je ne passe pas non plus par le Great Zimbabwe, qui est la plus grande capitale antique de l’Afrique sub-saharienne. Mais je sais déjà que j’aimerais bien revenir dans cette partie du monde, si l’occasion se présentait un jour. Et en attendant, je veux profiter de chaque moment sur place.
J’obtiens facilement le tout nouveau visa qui est valable conjointement pour le Zimbabwe et la Zambie, en ne payant le prix que d’un seul ancien visa. C’est pour l’instant le seul endroit, où les étrangers peuvent l’obtenir. Cela m’arrange particulièrement en cette fin de périple. Après avoir réglé la partie administrative, je sors de la zone internationale pour finalement pénétrer sur le territoire zimbabwéen. L’aéroport est à plus de 20 kilomètres de la ville! Il n’y a que des taxis, aux prix exorbitants, ou des bus de touristes en tour organisé. Aucun transport en commun ne se rend dans la ville. Le trajet à pied serait un peu long sous cette chaleur. Après avoir fait le tour du hall d’arrivée, après avoir demandé à plusieurs organisateurs des agences, s’ils pouvaient faire quelque chose pour moi, je trouve une personne seule qui attend son ami. Je lui demande s’ils comptent se rendre dans le centre-ville de Victoria Falls et si nous pourrions partager le trajet ensemble. Ni une ni deux, aussitôt que son ami est arrivé, nous montons dans le taxi, en début de file, et partons vers la destination voulue. Ils les déposent en premier lieu à leur hôtel, puis il me conduit chez mon hôte pour les jours à venir. J’ai en effet trouvé un Couchsurfing, chez une sud-coréenne; Soo, qui vit seule avec sa fille; Kuiry, qui a 10 ans. Le mari est mort d’une crise cardiaque foudroyante, quelques années plus tôt. Soo n’est pas très chaleureuse. Elle m’accueille dans une très grande maison. Je fais tout de suite connaissance avec sa fille qui semble très dynamique. Je la perçois dès le début comme une «enfant roi»!

Pedro et Daniel sont ces hôtes depuis déjà 2 jours. Ils partiront le lendemain. Il s’agit de deux colombiens, père et fils, qui font un voyage en moto pendant environ un an, à travers de nombreux pays… Soo sera absente pour ainsi dire pendant tout mon séjour. Peu importe, le premier soir, je passe une très bonne soirée avec les deux colombiens, alors que nous partageons nos mets que nous aurons préparés ensemble. Puis le deuxième soir, je passe une bonne partie de la soirée à m’amuser avec Kuiry. Elle n’est pas si imbu de sa personne et si autoritaire qu’elle pourrait le faire croire au début. En tout cas, avec moi, elle redevient très vite une petite fille qui a besoin de s’amuser. Nous jouons à cache-cache, faisons des dessins. Elle me montrera des photos de son enfance et de nombreuses choses qu’elle a déjà produites et créées. Mais je ne vais pas faire que cela pendant ces 48h00 qui sont bien chargées. 
Je passe aussi beaucoup de temps dehors. Cela commence dès le premier soir, où je pars en direction du centre-ville et de son animation.  Je m’y rends à pied. Je fais directement la connaissance avec une dame, une aide-ménagère, pour un riche propriétaire, qui se rend elle aussi en ville. Je peux tout de suite constater que le niveau d’éducation est assez élevé dans les directions couches de la société. Elle parle un anglais parfait. Nous pouvons échanger sur de nombreux sujets. La politesse est ici mise en avant. Il est indispensable de dire bonjour et au revoir à toute personne quittant une pièce. Le respect des anciens est sans équivoque. Je peux voir qu’ils y accordent une grande importance. Je le constate quand nous arriverons dans certains magasins. En tout cas, je suis sûr qu’ils ont le sens de l’accueil et de l’entre-aide. Elle me met en garde immédiatement contre ces jeunes, qui t’alpaguent dans la rue et veulent absolument essayer de te vendre quelque chose. Nous sommes en effet dans un des plus grands centres touristiques de cette partie du continent. Cela se ressent énormément!  Alors qu’elle m’accompagne toujours, je rentre dans une grande surface de distribution. J’y fais les achats de premières nécessités alimentaires et un petit plaisir viticole, pour pouvoir partager avec les hôtes de la maison. Nous nous séparons finalement avec cette dame, qui m’aura permis de partager un très bon premier moment avec une zimbabwéenne. J’ai déjà beaucoup appris à ces côtés! Cela me réjouit!

Puis, laissant la ville derrière moi, je passe tout d’abord devant de nombreux stands de vendeurs, ayant pignon sur rue, ou agissant à la sauvette. Les uns essayant de me vendre leur art, les autres, un ancien billet de l’ancienne monnaie du Zimbabwe, qui n’a plus coure. Certains des billets affichent la somme indécente de 30 millions de dollars zimbabwéen, par exemple. Les touristes ont donc envie de posséder un de ces billets, ou une liasse entière, tel un souvenir qu’ils pourront exhibés devant leurs amis à leur retour. Je passe mon chemin sans y prêter attention à cet instant, voulant surtout me rapprocher le plus possible de l’attraction majeur de la région! Je ne veux pas pénétrer dans le parc aujourd’hui, mais j’ai envie de me mettre dans l’ambiance. Je ne vais pas en cette fin de soirée voir directement une des nouvelles merveilles de la nature, mais je vais déjà en deviner la puissance.

Depuis la ville, j’ai pu observer un  nuage d'eau pulvérisée, produit par les chutes, montant dans le ciel. Ce dernier, lorsque le fleuve Zambèze, atteint son débit maximum,  peut s'élever à quatre cents mètres de haut, parfois même plus. Il peut alors être visible jusqu'à une distance de l'ordre de 40 kilomètres. Ce nuage d'eau est même à l'origine d'une petite zone de forêt tropicale humide, qui est presque continuellement arrosée par la pluie de ce nuage. Cette forêt cache complétement la vue des chutes depuis l’extérieur. Mais en Amont du fleuve, je peux admirer déjà une partie du large fleuve et sa puissance alors qu’il est loin du débit maximum, qui s’écoulera dans quelques mois, à cet endroit, à la fin de la saison des pluies…
Il me reste encore la beauté de ces chutes à découvrir, mais je regagne déjà la maison avec pleins de belles images, de sons, et une atmosphère spécifique en tête. Je mange alors avec Pedro et Daniel. Nous partageons un très bon repas avec du riz, plat qui n’est pas vraiment à couleur locale, et de la viande d’impala, qui est lui le second ingrédient d’un copieux plat africain. Nous aurions pu aussi trouver dans les assiettes du crocodile, du koudou, ou du gibier mais ce n’est pas ce que nous avons choisis. Je ne goûte pas tout de suite non plus le plat de base qui est le Sadza, porridge de maïs blanc qui forme une «pâte» compacte. Ce plat que l’on retrouve une majorité des pays africains, avec différentes céréales, et dont beaucoup d’européen ont du mal à s’accoutumer. C’est très nutritif mais cela n’a vraiment aucun goût, sans la sauce qui l’accompagne! En ce qui concerne notre repas du soir, nous l’agrémentons d’une bouteille de vin rouge, étonnement très bonne, et de quelques biscuits en dessert. 
  Le lendemain matin, je me lève assez tôt pour me rendre aux chutes Victoria. Elles sont parmi les plus spectaculaires chute d’eau au monde. Elles sont situées sur le fleuve Zambèze, qui constitue à cet endroit la frontière entre le Zimbabwe et la Zambie. Le fleuve se jette dans une cataracte d’une largeur d’environ 1700 mètres. Cette largeur associée à une hauteur maximum de 108 mètres, et leur position particulière, en font un mur d’eau impressionnant et un spectacle remarquable. Lors de son débit maximum, le fleuve précipite jusqu’à 550 000 m3 d’eau par minute, qui se jettent dans une longue faille sur ce plateau, puis dans des gorges uniques. En ce début de saison des pluies, les chutes sont loin d’être les plus fortes et impressionnantes. Mais les précipitations, qui ont déjà eu lieu en amont, font que ces chutes ne sont pas réduites à quelques cascades, comme c’est le cas en tout fin de saison sèche. Arrivés, je pense à un moment assez propice, je peux entendre le grondement et voir un peu le brouillard, qui se crée avec la vapeur d’eau, et qui remonte dans les airs. Pour autant, sur les points de vue, je ne suis pas sous une pluie et un brouillard constants, créées par la puissance des chutes, et empêchant d’en avoir une vue dégagée. J’admire différents aspects  et caractéristiques de ces chutes dans ces conditions. C’est aussi le cas, en revenant plusieurs fois, lors de ce cours séjour, devant ce fabuleux spectacle. Je vais regarder les chutes avec différentes couleurs de ciel, différentes luminosités, à différents moments de la journée…


Les Chutes Victoria aussi dénommée Mosi-oa-Tunya, sont le plus grand rideau d’eau du monde et constituent un site d’importance mondiale par leurs caractéristiques géologiques et géomorphologiques exceptionnelles. Un système fluvial spécifique a creusés, dans des basaltes, une succession de huit gorges spectaculaires.  Les chutes ont changées de position sur un temps géologique important, de plusieurs millions d’années, formant ainsi ces gorges au fur et à mesure, et les unes après les autres. 7 chutes d’eau disparues occupent maintenant l’emplacement de sept gorges, disposées en aval de la dernière et actuelle gorge, où se trouvent les chutes Victoria. Les gorges sont un cas exceptionnel de capture fluviale. La puissance érosive de l’eau continue toujours à sculpter la roche dure des basaltes. Ces gorges suivent une trajectoire en zigzag sur une distance d’environ 150 kilomètres, le long du fleuve Zambèze, en aval des chutes. L’érosion d’une nouvelle chute s’amorce progressivement au niveau de la cataracte se situant la plus à l’ouest. Ces processus actifs de formation du sol ont une beauté indescriptible qu’il faut venir ressentir directement sur place. Les chutes engendrent embruns, brume et arcs-en-ciel.

Je découvre ce spectacle naturel grandiose, et à couper le souffle, pour la première fois, depuis le Zimbabwe. J’admire alors, de face, les chutes les plus impressionnantes! Plusieurs îles et îlots, situées au sommet des chutes, divisent le flot en une série de chutes distinctes.  Elles servent aussi de lieux de reproduction à quatre espèces d’oiseaux migrateurs et menacés, tels le faucon Taita et l’aigle noir, dont certains que je vais voir planer au-dessus des chutes pour mon plus grand plaisir. Mais je découvre surtout petit-à-petit en progressant le long des gorges les différentes chutes. Je commence par Devil’s Falls, ou « chutes du Diable », qui sont les moins hautes du site, de l'ordre de 80 mètres, assez étroites, mais très violentes. En voyant cette dernière, je me sens alors tout petit face à la nature. Je me dis que n’importe quel être vivant serait broyé par les forces de ces dernières, inexorablement compressé vers les roches qui constituent le planché de ces gorges.  Il y ensuite les Main Falls, ou «chutes principales». Elles sont séparées des Devil’s Falls par Cataract Island, ou «l’île des cataractes». Elles sont un peu plus hautes et beaucoup plus larges que les chutes précédentes. A cette époque de l’année, elles ont déjà un débit important. Pouvant me rapprocher très près de la faille qui me séparent de ces dernières, je suis pris sous une pluie continue et, un vaporisateur naturel, très puissant, souvent trop puissant, due à l’eau qui remonte des profondeurs des gorges, pour s’épandre sur quelques dizaines ou centaines de mètres en fonction du sens du vent. Elles sont interrompues par l'île Livingstone, longue et assez élevée. Puis viens les Horse Shoe Falls, ou «chutes du Fer à cheval» et les Rainbow Falls, ou chutes «arc-en-ciel» qui sont les plus hautes du site avec plus de 108 mètres de hauteur. Les chutes présentent des différences flagrantes à cette époque de l’année. Ces dernières forment pour la plupart que de petits filets d’eau. Leur débit, la puissance créée est moindre. En revanche, les embruns qui surgissent de ces dernières forment au fond de la gorge, des arcs-en-ciel remarquables…  Puis, j’arrive finalement à l’étroit canyon escarpé et en zigzag, où se déverse toute cette eau. La série impressionnante de gorges, en aval du spectacle actuel, et constituées des anciennes chutes et s’étend sur plus de 80 kilomètres de long. Prenant un chemin qui suit ce canyon, je me retrouve avec une vue sur un des quatre ponts franchissant le fleuve et marquant ici la frontière entre le Zimbabwe et la Zambie. Il est long de 198 mètres et s’élève à 128 mètres au-dessus des eaux. Du saut à l’élastique y est pratiqué, du rafting a lieu dans les gorges de ces magnifiques chutes Victoria, ainsi que pleins d’autres activités sportifs et à sensation forte. Je ne ferais aucunes d’entre-elles, me réservant pour d’autres moments, dans les semaines à venir.
En attendant, je profite pleinement de ces chutes mais aussi de la faune sauvage des réserves qui se trouvent tout autour. Je peux admirer des babouins, de nombreux cervidés, des éléphants, des hippopotames, et de nombreux oiseaux. En tant qu’amoureux de la nature, je suis vraiment comblé. La « forêt vierge » fluviale  délimité par les barrières du parc, et située dans la zone d’embruns de la chute d’eau, est un écosystème fragile. Il s’agit d’une forêt discontinue, sur sables alluviaux. Comme précisé ultérieurement, elle a besoin d’abondantes ressources en eau et du degré élevé d’humidité, que dégage le panache d’embruns vaporisés. Cet écosystème est fragile. Il n’existe aussi qu’en raison de la présence des chutes.

Sur le chemin du retour en ville, je discute avec un zimbabwéen qui veut me montrer ce qu’il produit comme art pour vivre. Une fois de plus, je n’achète rien mais découvre de nombreux stands avec des sculptures très variées. Cela confirme les talents artistiques et la diversité que l’on rencontre dans ce pays. L’art reflète souvent les valeurs spirituelles de la culture. Il se concrétise souvent sous forme de poterie, vannerie, textiles et bijoux, qui sont très souvent à double emploi; fonctionnel et esthétique.  Le mélange des thèmes africains et d’une formation occidentale donnent des œuvres atypiques, voluptueuses peuplées d’animaux, de dieux, et d’esprits. Cela tient presque du religieux parfois, dans l’idée d’être en adéquation parfaite entre ces actes, son corps et son esprit. D’ailleurs si presque 50% de la population fréquentent les églises chrétiennes, il pratique en fait très souvent un mixte entre la foi chrétienne que les colonisateurs ont introduits et imposés, et les croyances traditionnelles ancestrales qui sont encore très vivaces. L’un d’eux, majoritaire, est le culte Mwari, qu’un des artisans va m’expliquer un peu plus en détail. Il s’agit d’un culte animiste monothéiste, qui prédomine depuis des siècles dans le pays. Mwari y est l’être suprême que l’on ne peut pas matérialiser ou figurer physiquement parlant. L’interlocuteur entre ce dieu tout puissant et le bas-monde se passe à travers un oracle, le plus souvent féminin. Et voilà comment cela transpire alors dans leur art, dans leur sculpture et leur façon d’appréhender la vie.

Je ne sais pas si l’oracle aurait pu prévoir ce qui se passerait quelques minutes plus tard, si le dieu Mwari m’était alors ces plans à exécution. Mais le ciel s’assombrit brutalement! Des nuages noirs remplissent cet espace au-dessus de nos têtes, jusqu’à l’horizon.  Je crois avoir le temps de rentrer à pied à la maison de Soo, avant que de lourdes averses s’abattent sur la région. Je quitte donc mes interlocuteurs et marche à pas rapide le long de la route, quand un local en voiture m’interpelle. Il me demande où je vais, et surtout me demande de monter dans sa voiture pressement, si je ne veux pas me faire doucher. La personne à l’air très sympathique et il est toujours préférable de suivre les conseils d’habitants des régions visitées, car ils connaissent toujours beaucoup mieux les lieux et leurs spécificités.  Cela se vérifie immédiatement. Quelques secondes après que je sois monté dans cette voiture, des pluies diluviennes viennent s’abattre sur le sol sec. Très rapidement, des cours d’eau s’écoulent sur les routes. Un mur d’eau réduit la visibilité à peau de chagrin et les quelques voitures présentes n’avancent plus qu’au pas, à moins de 20 kilomètres/heure.  Quoi qu’il en soit, c’est beaucoup plus agréable d’être au sec dans la voiture que tout détrempé en dehors. Les zimbabwéen sont d’une gentillesse et d’une générosité sans borne. Même si ce n’est pas exactement sur son chemin, ce monsieur, avec sa famille, fait un détour pour me déposer juste devant la maison de Soo. Je le remercie chaleureusement et espère vraiment que j’aurais l’occasion de revoir mon sauveur, qui m’a épargné une bonne douche froide avec un débit important. La simple course entre le portail et la porte d’entrée de la maison de Soo me transforme en bonhomme tout trempé. Je vous laisse imaginer mon état si cette personne n’était pas intervenue.

Je passe la soirée à jouer avec Kuiry, comme je l’ai déjà évoqué. Ce très bon moment s’accompagne ensuite d’une longue discussion Skype, avec une personne qui occupe de plus en plus mon esprit, même si elle se trouve alors à des milliers de kilomètres. Elle est pourtant tellement proche d’un lieu que je connais parfaitement bien. A son réveil, Soo elle me précise que je ne peux vraiment pas rester une nuit de plus, car elle attend d’autres convives le lendemain. Je trouve donc rapidement une solution de rechange, pour dormir une troisième nuit dans cette ville des chutes Victoria. Je m’endors paisiblement, mon sac-à-dos refait et prêt pour de nouvelles aventures dès le lendemain. Je me suis trouvé un petit hôtel pas cher pour voyageur à petit budget. A cette saison, avant les vacances des sud-africains et avant Noël, il y a pour ainsi dire personne. Je peux alors négocier le prix de mon dortoir, qui se transforme finalement en chambre individuelle.
Je retourne un deuxième jour d’affilé aux chutes et découvre de nouvelles luminosités. Je passe de nombreuses heures à admirer ces chutes, à aller dans des endroits où peu de touristes se rendent. Ressortant, en milieu d’après-midi, je m’aventure, à pied, dans un parc où de nombreux animaux sauvages se trouvent. La chaleur est tonitruante. Les rayons du soleil, qui réverbèrent et se  reflètent sur le sol sableux rougeâtre, augmentent l’intensité de cette dernière et la sensation d’étouffement qui lui est associé. Je longe tout d’abord le Zambèze, puis m’aventure un peu plus dans les terres. Je mentirais si je vous disais que je suis complétement rassuré. J’ai entendu parler de la présence de lions. Seul, désarmé dans cette savane, je ne ferrais pas le poids face à une telle bête. Mais je continue tout de même d’explorer les lieux. Une certaine excitation monte progressivement. Je découvre de nombreux oiseaux, des hippopotames qui profitent de la fraîcheur du fleuve, des cervidés qui broutent dans ces plaines arides et de nombreux insectes. Je marche à pas de velours, comme sur des œufs dont les coquilles sont prêtes à exploser. Je regarde très souvent à 360°. Certains bruits font monter un peu plus l’adrénaline. Mais rien ne viendra me mettre en dangers ou m’attaquer… Puis je regagne de nouveau la civilisation! Je trouve un petit restaurant local, à l’écart des lieux touristiques où je mange le Sadza, porridge de maïs blanc. Je discute avec quelques locaux qui m’en apprennent plus sur la musique et la danse qui sont importantes dans la culture traditionnelle. Ils me comptent quelques légendes et récits qui sont ponctués par des refrains chantés. Je ne regagne ma chambre que pour me coucher!

Avant de franchir la frontière, en ce mercredi 17 Décembre 2014, je décide de retourner pour la troisième fois voir les chutes du côté zimbabwéen, qui est réputé comme étant de loin le meilleur, pour prendre conscience de la beauté et des dimensions de ces chutes d’exceptions. Le soleil est resplendissant lors de ce début de matinée. Les chutes prennent encore d’autres couleurs, d’autres aspects. L’instant de vie incroyable va venir pourtant et simplement d’une belle rencontre. J’esquisse un sourire à un groupe de voyageurs que je dépasse, alors que nous avançons dans la même direction, sous le voile de la pluie créée par les chutes. Une connexion se fait sans raison apparente avec un couple d’Américain. Dans les premières secondes de notre bref échange, le monsieur me dit: «C’est magique ce lieu. Il n’y a rien de plus beau si ce n’est que de partager sa vie avec la femme que l’on aime!» Cette phrase venant de nulle part va résonner très longtemps dans ma tête. Celle-ci vient un peu comme un message subliminal qui met destiné à un moment choisi de ce voyage. Je lui souris en retour. Nous en restons là pour notre premier échange, car j’avance beaucoup plus vite qu’eux. A chaque fois que je vais prendre le temps au niveau d’un point de vue, ils me rattrapent tôt ou tard. Nous continuons alors notre échange.  Ceux sont un couple d’américain, qui vient de fêter leurs 45 ans de mariage. Je trouve cela tellement beau. Ils semblent encore s’aimer comme au premier jour, comme si la flamme pour eux ne s’était jamais éteinte et ne s’éteindrait jamais. Ils se regardent amoureusement, se tiennent la main. L’un sécurise la position de l’autre quand il se rapproche un peu trop dangereusement du bord. Il parle avec tellement de fierté de leurs trois enfants et des réussites de chacun. Leurs petits-enfants semblent comme les pupilles de leurs yeux qu’ils veulent protéger coûte que coûte. Cela me fait rêver. Ça me rappelle l’image que j’avais de l’Amour qu’a pu nous montrer et nous faire partager mes grands-parents paternels. Les messages qu’ils me transmettent sont forts. Je pense que l’échange est beau car je leur apporte mon énergie, mon sourire, mon envie d’aller de l’avant et d’y croire, rendant ce moment tellement puissant, presque intemporel, mais qui arrive «à point nommé» dans ma vie personnelle. La seule certitude, quoi qu’il puisse se passer, est que je ne suis pas prêt d’oublier ces instants à leurs côtés.
En sortant du parc clôturé qui entoure les chutes, je tombe nez-à-nez avec un groupe de danseurs et musiciens. Même si je sais qu’ils sont ici pour distraire les visiteurs et non pour une cérémonie traditionnelle, j’en profite tout de même pour rester dans l’ambiance festive. Je continuer à découvrir certains de leurs rituels, encore pratiqués dans les tribus et pas seulement pour un folklore touristique tel que celui auquel j’assiste.
Puis, je pars récupérer mon gros sac-à-dos à l’auberge de jeunesse, avant de passer la frontière à pied. Depuis le pont qui traverse le Zambèze, j’ai un autre point de vue sur les chutes et les gorges, qui sont bien prononcées, en aval. Je regarde deux ou trois personnes qui sautent à l’élastique, avant de continuer mon chemin. Après le passage en douane, je trouve un taxi collectif qui m’emmène à Livingstone, la ville de Zambie, la plus proche des chutes. Je m’installe dans une auberge de jeunesse; Fauwlty Tower, qui fait des promotions très intéressantes à cette période de l’année sur internet, avec moins 50%. Je pense y rester quelques jours pour découvrir les environs et continuer l’avancement de mon tour dans le sud de l’Afrique. Nouveau pays, nouvelles coutumes! Cela me fait drôle car je ne suis pas habitué à changement habituellement aussi rapidement de lieux. Mais l’adaptation est très aisée dans un endroit où les personnes sont très agréables.

La Zambie, ce pays d'Afrique subtropicale, est bordé par le Congo-Kinshasa, la Tanzanie, Malawi, l’Angola, et au sud par la bande de Caprivi appartenant à la Namibie et le Zimbabwe d’où je viens, plus un tout petit point de passage avec le Botswana, qui sera ma prochaine destination. 
Après que j’ai pu me promener dans la ville, et rencontré des locaux, en ce début d’après-midi, des pluies diluviennes s’abattent sur la ville, en même temps que des puissants orages! Je suis pleinement satisfait d’être rentré à temps et de pouvoir être au sec, à l’abri, dans un bâtiment en dur! Comme souvent à cette époque de l’année, dans cette région, les orages du soir font place à un grand soleil et un ciel bleu parfait le lendemain matin. Je décide d’aller découvrir les chutes du côté zambien.  L’auberge possède une navette gratuite pour aller découvrir les lieux. Je n’hésite pas et utilise alors cet outil mise à ma disposition. Je découvre un autre côté des chutes Victoria, d’autres aspects. En face de ces dernières, du côté zambien, jusqu’à la gorge où le Zambèze s’écoule ensuite, la largeur est réduite à peau de chagrin mais il y a tout de même deux chutes d’eau majeure à observer. La première, qui borde la rive zambienne, est l’Eastern Cataract, ou «la cataracte de l’Est». Elle est vraiment belle à cette heure de la journée. Un splendide arc-en-ciel est présent à sa base. Puis il y a les Armchair Falls, ou «chutes du fauteuil», que j’observe à quelques mètres de distance. Enfin, rapidement j’arrive en bord de gorge, où le Zambèze coule en Aval, et où l’on voit très distinctivement le côté zimbabwéen.
Mais deux endroits vont particulièrement retenir mon attention. Premièrement, je trouve un chemin qui descend dans la gorge. Le suivant, je me retrouve très rapidement tout en bas des falaises, proche de l’eau qui coule. Avec un point de vue différent, je prends ainsi un peu plus conscience de la grandeur de ce site naturel. Remontant à la hauteur du plateau, où s’écoulent les chutes, je les contourne pour essayer d’accéder à un lieu particulier, jusqu’à l’extrême limite de la faille. Les tours opérateurs, ou quelques locaux sur place, font payer très cher l’accès soit disant très dangereux à ce lieu. Je ruse. Je suis de loin un groupe de touristes qui s’enfoncent dans le Zambèze, vers l’ouest, en direction de l’île de Livingstone. Nous sommes à la limite du moment, où il est encore possible d’entreprendre cette marche, car le débit de l’eau le permet encore. Ce dernier n’est pas trop important et ne risque pas de nous précipiter vers le bas des chutes. Sans difficulté j’arrive à me faufiler entre les pierres, les courants un petit plus puissant, les arbres, pour atteindre l’île de Livingstone. Je passe au travers d’un contrôle et me retrouve presqu’aussi rapidement que le groupe qui me précède près de Devil’s pool, la «piscine du Diable». Un Zambien est surpris de me voir seul sur place. Après une discussion simple et efficace, je lui donne un petit billet, et peux me jeter à l’eau, dans cette piscine naturelle au bord du précipice… Le point de vue est une nouvelle fois totalement différent. Les sensations fortes sont maintenant garanties. Je pourrais dire que j’ai été pleinement plongé dans les chutes Victoria. Puis je rebrousse chemin, regagne la rive du Zambèze, admire une dernière fois les chutes, avant de repartir vers Livingstone. Je pense que très peu de personnes peuvent dire qu’elles ont passées 4 jours aux chutes Victoria, à les admirer tous les jours. Encore une fois le but n’est pas de se comparer à qui que ce soit, mais je sais que j’ai vraiment profité de ce lieu unique. 
La soirée à l’auberge continue dans la même dynamique avec de bons moments simples, partagés avec des personnes très intéressantes. Je fais la connaissance de Rakka, allemand d’origine mais qui est né et a vécu en France. Il y a aussi Natasha, de République Tchèque avec qui nous allons passer un très bon moment. La soirée se prolonge un peu dans le dortoir, où nous dormons tous, mais nous restons raisonnables car nous avons tous des journées bien chargées le lendemain.

Malgré le cours séjour en Zambie, j’avais envie de sortir des grands sentiers touristiques, d’aller un peu plus à la rencontre des populations du pays et de ces merveilles encore intacts. J’ai envie de découvrir un de ces parcs naturels, de faire un safari, loin de ceux sur-fréquentés des pays voisins. Pour cela, je passe rapidement par la capitale, Lusaka, qui va me permettre en quelques heures de m’imprégner de la culture du pays. Me promener dans les rues de cette grande ville me donne  un bel aperçu des spécialités. Elle se trouve sur un plateau à 1300 mètres d’altitude, où le fleuve Zambèze prend sa source. Puis je continue ma route pour partir à la découverte du Parc National de Kafue, qui est l’un des plus grands parcs au monde. Il possède une faune et une flore très variées. Encore une fois le temps passé avec les personnes présentes sur place, en petit nombre, est passionnant. Pendant les deux jours sur place, je vais pouvoir observer des éléphants, des singes, des cervidés, des centaines d’oiseaux et des lions!
Je n’oublierais pas de sitôt ce nouveau safari au plus proche des animaux. Mais l’expérience remarquable, avec ces carnivores, les derniers cités, se produit quand je suis de retour à Livingstone, pour ma dernière journée dans le pays. Je pars à la rencontre de zambien, qui vont me faire vivre un nouveau moment fort de ce voyage. Je m’arrange directement avec eux. Je vais alors avoir le droit de faire corps avec le roi de la savane, et ces reines. Après avoir admiré dans la nature des léopards, et des guépards, je vois pour la première fois des lions et lionnes au pelage blanc, spécifique de cette partie du continent. Je peux me rapprocher très près de lionceaux, qui ont quelques mois, avant de réaliser un nouveau rêve.
Approchant avec précaution, par derrière, je me rapproche inexorablement d’un jeune lion, avant d’entrer en contact direct et physique avec lui, en lui touchant la crinière.  Je joue avec lui et une des lionnes qui fait partie de la meute, pendant de longues minutes. C’est incroyable de pouvoir constater la puissance, la force et la stature de ces animaux, mais en même temps le fait qu’ils puissent être si dociles. Pourtant le moindre coup de pâtes avec des griffes acérées, ou une morsure de sa puissance mâchoire et je tomberais inerte à la première attaque. Il n’en sera rien bien au contraire. Ce moment restera à jamais gravé dans ma mémoire. Je remercie les deux zambiens qui m’ont aidé à réaliser ce rêve. Ils ont été là tout le long de cette interaction avec un des animaux les plus mythiques de la savane, pour ne pas dire de la planète!
C’est des images plein la tête, que je fais du stop près de la route qui conduit à Livingstone. La première voiture, qui passe, s’arrête à mes côtés. Le zambien n’hésite pas une seconde à me conduire à destination. Avant de profiter une dernière fois des installations de l’auberge de jeunesse Fauwlty Tower, je pars découvrir un vestige du temps passé, toujours en fonctionnement. Le Royal Livingstone Express, est un train du siècle passé, qui part de Livingstone pour rejoindre les chutes Victoria. Fantaisie romantique, échappatoire de notre monde moderne le temps d’une soirée, c’est un voyage dans un monde de grâce et d’élégance qui est proposé aux passagers. Partant en fin d’après-midi, il donne le droit aux heureux élus, présents dans son antre, de pouvoir admiré le coucher de soleil et les chutes Victoria, depuis le pont qui surplombent ces dernières, en dégustant un délicieux repas.  Je ne prendrais pas part à cette aventure cette fois-ci. Il n’y a pas de départ prévu avant 3 jours. De plus le temps que je vais passer à le visiter, avec une charmante zambienne, chargée de la sécurité, et au doux nom de Lucie, me comble entièrement. J’ai eu le droit à une visite guidée personnalisée, le fait de pouvoir jouir de ces lieux seul, sans qu’aucun autre être-humain ne vienne perturber le mélange complexe que j’ai mixé entre ma réalité et les temps immémoriaux révolus, où ce moyen de transport n’était pas un simple folklore pour riches touristes en soif d’exceptionnel… A ma façon, j’ai vécu ce moment d’une façon très particulière.
J’en ressors avec un grand sourire et une motivation sans borne, pour découvrir une nouvelle destination qui me réserve encore des moments de vie unique…