lundi 16 septembre 2013

Polynésie Française: la suite

Nous apercevons l'île de Tahiti depuis plusieurs heures. Il nous faudra pourtant encore beaucoup de temps avant d'ancrer le bateau à la marina. Après avoir navigué à des pointes de plus de 20 noeuds de vitesse instantanée, grâce à une orientation et une force du vent quasi-parfaites, nous allons devoir motorisé jusqu'à notre point d'arrivée. Protéger entre Moorea et Tahiti, le vent a chuté. Il a perdu en intensité. Nous l'avons maintenant en plein nez. En franchissant la passe de Taïna, nous nous retrouvons à proximité des surfeurs et des rameurs de pirogues qui jouent avec la vague formée par le plateau corallien. A l'intérieur du lagon, en ce dimanche 31 Juin après-midi, de nombreuses personnes font la fête, boivent, dansent dans, et à côté, de bars flottants. Ils s'y sont tous rendus à la nage, à la rame, ou en petit bateau à moteur!

Nous nous amarrons à une bouée dans la marina Taïna. C'est la fin du parcours avec Jehol pour Rosalie et moi. Nous resterons tout de même quelques jours de plus sur le bateau, pour y dormir et préparer la suite de notre voyage. Puis nous laisserons Philippe tranquille pour faire ces derniers préparatifs pour les réparations de son bateau, et son retour pour quelques semaines en Belgique.

Tahiti, Pappete, les îles de la société sont des noms qui résonnent, pour beaucoup, comme le paradis sur terre. Pourtant pour moi, ces instants signent une grosse période de transition. J'ai des envies pour le court et moyen terme mais je ne sais pas encore comment je vais les réaliser. Surtout, je n'ai jamais eu un manque aussi fort de mes proches, depuis le départ de ce projet. Ma famille, mes amis me manquent. J'aimerais pouvoir me téléporter instantanément pour les retrouver, passer du temps à leur côté avant de repartir sur les routes. J'ai un petit coup de cafard pendant un peu plus d'une journée. Mes pensées s'envolent vers eux. Je continue tout de même à m'occuper et prépare tranquillement la suite!

Le sourire va revenir très rapidement sur mon visage. Le positivisme habituel reprend très vite le dessus. Je relativise. Je sais que même si je ne rentre pas avant un an et demi, que les retrouvailles seront encore plus forte et que tout sera comme quand j'ai démarré le projet il y a presque 2 ans.  


La suite des événements se met en place petit à petit. Le 1ier Juillet, nous nous rendons avec Rosalie en ville pour obtenir des informations, visiter le centre-ville et faire quelques achats. Après avoir récupérer le programme, la veille, à Carrefour, nous pouvons maintenant réserver nos places pour le festival Heiva, le plus grand événement festif dans le Pacifique.

Mais avant cela, laissez-moi revenir sur mes premiers pas dans une grosse enseigne commerciale depuis plusieurs mois. Mettre les pieds dans un magasin qui représente dans toute sa splendeur la société capitaliste et de consumérisme me fera tout drôle. Je n'ai plus l'habitude de me retrouver dans des espaces de vente et achat de produits en tout genre si grands. J'ai le sentiment d'étouffer un peu. Je préférerai largement les petits échoppes où je pouvais acheter le juste nécessaire. J'ai encore plus préféré les moments pendant mon voyage où nous allions cueillir et, chasser ou pêcher, ce que nous avions besoin. Je ne dis pas que cela n'a que du mauvais, mais cela me fait bizarre après plusieurs mois loin de ces grandes villes modernes, loin de ce besoin de consommer inculqué par nos sociétés occidentales.

Mais revenons sur la réservation de nos places pour le festival Heiva. Ce festival est un concours entre les différentes tribus pour imposer leur hégémonie culturelle et artistique sur le reste des villes et archipels composant la Polynésie. Voulant partager ce moment avec Philippe et Frédéric, nous attendrons le soir pour les commander sur internet. Nous prendrons 4 places côte-à-côte pour assister au spectacle qui malheureusement n'est plus une fête populaire. Il ne s'agit plus d'un rassemblement et défilé dans les rues. Le public ne peut plus partager les danses et chants avec les figurants. En tant que spectateur nous sommes assis dans des gradins. Enchanté par les répétitions au Gambier, nous voulions tout de même assister à une des 7 soirées de représentations.

En attendant cette soirée, nous allons tous vaquer à diverses activités personnelles, tel que notre reconnexion avec le monde extérieur, avec nos proches. Malgré que nous ne voyagions pas, les journées, comme à l'habitude, passent trop vite. Philippe, pour diverses raisons, souhaite que nous quittions le navire le 5 Juillet. En effet, Philippe a pris ces billets de retour pour la Belgique. Des épreuves assez difficiles l'attendent. Il a donc besoin de se retrouver seul, chez lui, sans d'autres contraintes. Seul Frédéric pourra rester sur le bateau avant et pendant sa mise au chantier.  



Quand nous nous retrouvons, le jeudi soir, 4 juillet, dans l'enceinte pour assister au spectacle, c'est notre dernière soirée ensemble. Nous assistons tout d'abord à la cérémonie d'ouverture. Le premier groupe de danse, amateur, sera magistral. Les chorégraphies, les costumes sont colorés et sublime. La coordination de la centaine de danseurs est visuellement époustouflante. Les solos féminin et masculin, des deux meilleurs danseurs de la troupe, laissent toute l'audience, surtout les personnes de sexe opposé, bouche-bée! Le déhanché de la danseuse est hypnotisant!

A la fin de leur prestation, plus de la moitié des spectateurs quittent les gradins Ils vont se restaurer à l'extérieur alors que 2 groupes de chants, peu haletant, voir un peu ennuyant, se produisent sur scène. Malgré le peu d'intérêt musical de ces chants traditionnelles, je trouve très irrespectueux que les spectateurs quittent les lieux sans même les écouter un peu.

L'enceinte sera à nouveau pleine pour accueillir le deuxième groupe de danse. A l'unanimité, leur prestation ne nous impressionnera pas, en tout cas beaucoup moins que la première. Ceux sont pourtant des professionnels. Rien à faire, je m'attendais à une fête populaire enflammée et nous n'aurons eu droit qu'à un très jolie spectacle de danses et de chants. Nous aurons contemplés de très beau déhanché de bassin de jeunes et jolies filles... Mais je reste sur ma faim!

Concernant la beauté légendaire des polynésiennes, je suis aussi très déçu. Le mythe n'est pas réelle. Il n'y a que très peu de jolies femmes et elles sont toutes très jeunes. La plupart des femmes ne vieillissant pas bien, prenant de l'en bon point. La douceur de leur visage disparaît avant même 20 ans.

La journée suivante consiste, pour moi, en la préparation accélérée de la suite de mon voyage. Je ne le sais pas encore, à ce moment là, mais ma persévérance et l'énergie que je mets pour réaliser mes projets va porter ces fruits d'une façon inattendue! J'ai passé toute la journée à imprimer une annonce pour la recherche de bateau allant à Bora Bora, j'ai été la placarder sur le panneau d'information des deux marinas de la ville. Je viens aussi de franchir un nouveau pas pour mon retour en Amérique du Sud, premiers amours me concernant pour les voyages. J'ai acheté mes billets d'avion pour me rendre sur l'île de Pâques avec ensuite une arrivée à Santiago du Chili. J'aurai aimé continuer mon périple dans cette partie du monde en bateau. Mais le faisant en sens inverse des vents prédominants et des courants, ma chance de trouver un voilier allant dans cette direction été quasiment nulle. De plus, il aurait fallu motoriser quasiment tout le long. Il n'y avait donc aucun intérêt car le plaisir d'avancer à la seule force du vent aurait disparu et les bruits infernaux des moteurs auraient rythmer la traversée. Je suis donc très content de la solution pour laquelle j'ai opté.

Revenant à la marina Taïna, je continue d'interpeller les personnes sur les pontons pour savoir si un équipage ne part pas dans la direction souhaitée et s'ils n'auraient pas une place pour moi. A ce instant, je suis encore bredouille. Ma seule piste remonte à 2 jours. Deux soixantenaires français partent vers Bora Bora. Le capitaine va y récupérer sa fille avant de partir vers l'est et les îles Cook. Mais je ne fonde pas trop d'espoir sur mes chances d'intégré l'équipage, au vu du discours tenu par le capitaine. Plus que tout, le langage corporel parle pour lui. Il montre un frein énorme à envisager cette possibilité.

Il est 18h00! Je viens d'obtenir l'autorisation de la sécurité, pour camper sur un petit bout d'herbe, dans la marina si je sais me faire discret. Comme prévu, Philippe arrive avec son annexe et mon sac de voyage. Il me demande si je suis pressé ou si j'ai envie d'aller boire un dernier verre. « Cela risque de faire long, 100 mètres, à pied, avec mon sac, après un verre d'apéritif, pour planter ma tente, non? » Plaisanterie oblige mais j'accepte volontiers son invitation. Frédéric se joint à nous.

Le « Pink Coconut », café où nous allons habituellement est bondé pour la une soirée Karaoké hebdomadaire. Voulant être au calme, nous nous rendons au deuxième bar de la marina; le Casa Blanca!

Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu ma maison sur mon dos! Mais contrairement à la tortue, même dans une situation délicate, sur ma carapace, les quatre fers en l'air (pour l'être humain ça serait plutôt l'inverse, face contre terre), j'arrive à me relever, à rebondir, à m'envoler de nouveau. Le fait d'avoir mon sac attire alors l'attention. C'est surtout le cas dans ce monde de marins qui transportent une maison beaucoup plus grande et heureusement pour eux, ils n'ont pas à se la coltiner à dos d'hommes. C'est différent, pas forcément plus facile car il n'est pas si évident de guider un bateau à travers les océans. Quoi qu'il en soit, je ne suis pas dan ce cas une personne lambda qui arrive dans un lieu où tout le monde est dan les mêmes dispositions de voyage. Une jeune femme m'interpelle me demandant si je recherche une embarcation. La discussion est lancée! Je vais d'abord boire une bière avec Frédéric et Philippe. Une fois encore, les discussions tourneront autour de la vie, du futur, des choix et projets de chacun. Puis, ils rentreront rapidement sur Jehol.

Je reste au bar et j'entame une discussion, avec Barbara, autrichienne, qui fait un tour du monde en vélo et en bateau-stop. Elle discute avec Paul, Australien, qui recherche des équipiers pour renter au pays! Il vient de faire la traversée du Pacifique, depuis Mexico, avec son meilleur ami. Ce dernier est rentré en Australie pour travailler. Elle va sûrement faire le trajet avec lui, et ils recherchent un deuxième équipier. Je leur explique mon projet et le fait que je vais dans l'autre direction. Mais je leur dis aussi qu'une amie pourrait être intéressée. Je pense à Rosalie en recherche d'un bateau pour retourner vers la Nouvelle-Zélande. Une bonne énergie passe entre nous trois. Paul me propose gentillement de me dépanner pour la nuit en me proposant une des banquettes de son monocoque, 34 pieds, à barre franche. J'accepte volontiers. Je suis heureux de changer de bateau et de découvrir un nouveau type de bateau.

Je vais suivre mes deux compères qui sont un peu éméchés après avoir consommé de nombreux verres de bières. Le confort est beaucoup plus rudimentaire sur « Southern Run », l'espace beaucoup plus exigu, le soin et la propreté apportés beaucoup moins grands. Mais c'est dans ce genre de bateau que je renouvellerais bien une expérience à la voile.

La journée de samedi passe très vite. Nous allons, avec Barbara, voir l'arrivée de la course de pirogue homme à 6. 6h30 d'efforts après le départ, 82 kilomètres effectués et nous pouvons admirer la première pirogue qui franchit la ligne d'arrivée. Dans cette pratique sportive, les polynésiens sont les meilleurs au monde. Cela se constate par la fière allure qu'on les premières embarcations. Nous prendrons le temps de discuter avec un français de 55 ans, et un italien, de 24 ans, ayant 2 projets différents mais s'étant retrouvé pour partager quelques semaines de navigation ensemble.

Paul est une nouvelle fois soûl quand nous le retrouvons au bar de la marina. Nous rentrerons très vite au bateau tous ensemble. Il s'effondra rapidement dans un profond sommeil. Avec Barbara, nous allons passer de longues heures à discuter de divers sujets. Qui voudrait confier sa vie en pleine mer à un marin alcoolique que l'on ne connait pas? Comment est-il possible de connaître les réactions extrêmes qu'il pourrait avoir en cas de consommation excessive ou de sevrage? Je vais donc prévenir Rosalie de ne pas rentrer de Moorea pour discuter avec Paul car le bateau ne lui conviendrait pas de toute façon. J'aurais tellement aimer lui rendre la monnaie de sa pièce en lui trouvant un bateau pour embarquer. Mais ce ne sera pas encore pour cette fois! Barbara décide aussi de ne pas partir avec lui.

Avant cela, lors de la journée du dimanche nous allons partir en excursion avec un couple charmant de polynésiens. Barbara les a rencontrés en faisant de l'auto-stop pour se rendre dans le centre-ville de Papeete. Stéphane et Rose (ceux sont leurs noms français car je n'ai pas mémorisé leurs noms polynésiens) vont nous faire faire le tour de l'île de Tahiti pour en découvrir les principaux sites. Je me joins à eux.

Nous allons découvrir la plage PK18, 3 grottes dans la roche, le spot de surf de Teahupoo, un des plus réputé au monde. Puis nous allons continuer sur la côté ouest qui est beaucoup plus sauvage. Nous y découvrons le trou du souffleur, les trois cascades, Un arrêt chez une de leur cousine sera une vraie expérience chez des locaux. Nous allons y déguster des mangues et du jus de jeune coco fraîchement cueillies sur le cocotier. Pour finir le tour, nous nous rendons au point de vénus (lieu d’arrivée du capitaine Cook en 1877, des premiers missionnaires), qui est un plage de sable noire. Ensuite nous prenons de la hauteur pour obtenir une belle vue sur la mer et les sommets environnants. Enfin, nous nous rendons dans une foire annuelle et découvrons l’artisanat local de tous les archipels polynésiens. 


Ayant décidé de ne pas partir avec Paul, Barbara quitte le bateau le lundi matin. J'ai décidé de rester avec lui. Je vais l'aider dans des démarches particulières et intéressantes. Cela me permet en prime d'avoir un toit.

Il a besoin d'effectuer de grosses réparations car l'axe de l'hélice du moteur et la pièce de raccordement dans l'habitacle étanche sont détériorés et de l'eau s'infiltre assez fortement. Je l'aide donc pour ces achats et la prise de rendez-vous, avec un devis, pour mettre son bateau hors de l’eau sur un chantier maritime, celui de Techni Marine. Nous allons établir le planning nécessaire pour la réparation. Cela me rappel un peu mon travail de responsable projets que j'occupais en tant qu'ingénieur. Supervisé l'ensemble des travaux et avoir une vue globale sur un projet est quelque chose que j'affectionne particulièrement. Cela ne me manque pas tant que cela car je m'épanouie pleinement dans ce que je fais. Mais cela est rassurant de savoir que je continue à m'éclater dans ce genre d'activités durant une journée et que j'aurais plaisir à travailler encore dans mon domaine de prédilection si je trouve un travail passionnant. Un travail de manager décisionnaire me conviendrait parfaitement. Ce n'est pas vraiment ce que je fais en cette journée, servant plutôt de traducteur à Paul! Mais cela me remémore les années de travail passées.

Paul va encore boire de nombreuses bières en pleine journée. Paul est trop rude avec les polynésiens. Il a pourtant un bon fond et des valeurs... Mais trop de bières et de cigarettes ne lui permettent pas d'avoir un esprit clair. J'aurais tout de même le droit à de grands remerciements en fin de journée...

La matinée suivante, j'ai revu Barbara qui me donne une piste très intéressante pour un possible embarquement. J'ai contacté, en matinée, grâce à la VHF, un couple d'américain, Joe et Liz! Elles les avaient rencontrée à Nuku Hiva, aux Marquises, après leur traversée respective du Pacifique. Le nom de leur bateau,«Set Me Free», est en adéquation parfaite avec mon tour du monde. J'espère que le reste le sera aussi et que j'obtiendrais mon ticket pour monter à bord. Je passe presque un entretien d'embauche lorsque Joe m'assène de questions diverses et variées. Après un quart d'heure de discussions, l'accord est quasiment entériné, à 95%, pour me rendre avec eux dans les îles. Joe me précise bien que c'est plus pour m'aider et faire plaisir à Barbara, que par réelle nécessité... Merci Barbara pour cette mise en contact avec ce couple d’américain! C'est encore une de ces rencontres, des discussions, qui vont me permettre avant tout de passer des bons moments mais aussi de réaliser mes projets!

Je dois avant, d'effectuer le transfert de bateau, délivrer le «Southern Run», monocoque de Paul, au chantier. Ca sera un réveil matinal avant le lever du soleil. Nous allons préparer le bateau, enlever le moteur de l'annexe, mettre l'annexe, ou « Dinghy » sur le pont. Nous mettrons le pétrole, que j'ai acheté la veille, dans le réservoir. Le départ se fait avant le lever du soleil. Je vais barrer un monocoque avec barre franche. Passant dans le lagon, nous effectuerons quatre demandes d’autorisation d'autorisation de passage, en appelant le canal 12, pour entrer et sortir de la zone longeant l’aérodrome mais aussi pour la sortie de la passe principale, et l'entrée dans la suivante. A la sortie de la passe de Papeete, un cargo passera à quelques dizaines de mètres de nous. Après une heure de navigation, nous nous trouvons face au chantier Techni-Marine. L'expérience de la mise hors de l'eau du bateau grâce à un pont élévateur, est très intéressante surtout quand on se trouve sur le bateau.

Je laisse Paul à ce point. Il me remerciera une nouvelle fois et nous nous souhaitons bon vent… 

Je retrouve Joe et Liz à la marina Taïna. J’embarque sur le bateau dans la soirée. Je prends mes quartiers dans le navire de Joe. Voyons voir comment cela va réellement se dérouler. Il n'est parfois pas aisé de trouver un équilibre entre plusieurs éléments ayant soif de liberté. Je retrouve sur leur bateau, Ben et Sarah, un couple venant de l’Alaska, avec qui j’avais connaissance dans la Marina. C'est un plaisir de boire un verre de vin rouge en dégustant une glace dans le cockpit de se très beau monocoque Benneteau. 

La journée du jeudi 11 Août est une journée de préparatif, qui passe à vitesse grand V. Je vais aider Joe à nettoyer la coque du bateau pour enlever les coquillages et parasites venus se coller sur l’anti-fouling. Nous irons acheter le pétrole avant que je cuisine le coq au vin que j'avais promis au capitaine. Liz, Ben et Sarah s'en délecteront aussi! Après ce repas en fin d'après-midi, nous allons lever l’ancre. Avant le coucher du soleil, nous franchissant la passe à travers la barrière de corail qui entoure Tahiti. Puis nous partons en pleine mer en direction de Huahine, une des Îles-Sous-le-Vent, qui fait partie de l’archipel de la Société ! Nous sommes partis pour plus d'une nuit de navigation. Ben et Sarah, sur Kyanos (signifiant bleu foncé en grec), sont au début à la traîne. Ils ont franchis la passe à la voile, et non au moteur, alors que le vent était peu puissant. Dès que nous sommes sortis de l'influence de l'île, ils vont très vite prendre le large avec un bateau, qui remonte beaucoup mieux, que le notre, sous le vent. Pour la première fois, en pleine mer, je vais devoir contacter un gros cargo, à la radio, pour être sur qu'il nous ait bien vu et qu'il a pris en compte notre trajectoire. Un autre passera très proche de nous en plein milieu de la nuit. Liz a pris un cachet contre le mal de mer. Elle ne se réveillera pas de la nuit. Elle dormirait plus de 14h00 d'affilées. Nous allons donc nous relayer à la barre avec Joe pendant toute la nuit. Cette dernière se déroulera sans accrocs.



Nous prendrons tous les trois notre petit-déjeuner après 8h00. Arrivée à 14h00, nous subissons de nombreuses rafales de vent. Alors que nous venons de mouiller, les bas fonds et les récifs coralliens, nous poussent à déplacer le bateau. Nous ancrerons alors près d'une des passes d'entrée, dans le lagon de Huahine, en face du village principal.

Pendant la nuit, des rafales de plus de 35 noeuds soufflent régulièrement. Le plus impressionnant n'est néanmoins pas là! Joe me réveil une première fois en sursaut. Un catamaran fait des manoeuvres très proche de notre bateau. Joe me demande d'être prêt à l'aider à pousser l'autre bateau s'il venait à rentrer en collision avec notre coque. Le skipper du catamaran réussira finalement sa manoeuvre. Il lèvera l'ancre pour partir vers une nouvelle destination et ne commettra aucune erreur. Il s'éloignera rapidement vers le large, après être passé à moins de 5 mètres de « Set Me Free »! Un peu plus tard, c'est un gros cargo de marchandises qui viendra accosté sur le quai, une centaine de mètres plus loin. Avant cela, il sera passer à moins de trente mètres de nous. L'impression de petitesse est énorme quand c'est un bateau de plus de 60 mètres de longueur et de 10 mètres de hauteur qui passe à vos côtés.

Le samedi 13, Joe va louer une voiture. Nous allons donc partir visiter l'île de Huahine, ces magnifiques baies, et son eau d’un bleu translucide. Nous allons nous arrêter dans un Maré, ou ancien site religieux polynésien. Puis nous allons découvrir divers endroits liant la nature et l'activité humaine. Nous déjeunerons dans un restaurant avec une vue imprenable sur un petit lieu paradisiaque. Nous dégusterons des plats très typiques.

Puis nous continuerons notre excursion par la visite d’une plantation de vanille. C'est un Marquisien qui nous fera la visite. Il est très atypique, prend soin de ces plantes, et les cultive pour son patron. Il est arrivé sur cette île depuis 23 ans et travaille ici depuis. Le processus de production est très intéressant mais aussi très complexe. Il est alors facile de comprendre pourquoi le prix de cette denrée au kilogramme est plus chère que l'or! Il faut 3 ans pour faire pousser les plantes grimpantes, de la famille des orchidées, qui produiront les gousses de vanille tant recherchées. Après, il faut encore un 1 pour faire germer les fleurs. Une pollinisation manuelle permettra d'obtenir 9 mois plus tard la gousse recherchée si tout a bien été minutieusement pris en compte. Il reste encore de 1 à 4 mois pour le séchage de la gousse après la récolte. Elle sera finalement vendu telle quelle ou en extrait d'arôme. Après être rentré en ville, nous mangerons un hamburger dans un bon restaurant. Amateur de bons produits culinaires, il colle aussi à l'image de l'américain qui aime la nourriture de restauration rapide. Quoi qu'il en soit, la soirée sera des plus agréables en compagnie de six Nord-Américain.



Joe et Liz ont un timing a respecter. Car ils doivent passer à Hawaï avant de retourner sur la côte ouest américaine pour le mariage du fils de Joe. Après avoir dit au revoir à Ben et Sarah, nous partons pour les 2 îles qui se partagent le même lagon ; Raiatea et Taha. La mer est toujours agitée mais la houle n'est pas trop forte. L'orientation du vent est parfaitement en perpendiculaire à notre direction. La navigation sera donc plaisante. Il est impressionnant de rentrer dans la passe assez étroite menant dans le lagon, avec les vagues qui se cassent sur le plateau corallien de chaque côté du bateau ! Nous pouvons admirer toutes sortes d’activités : des kites-surfeurs, des planchistes qui jouent avec le vent fort. Il y a aussi, dans le lagon, le bateau de croisière Paul Gauguin, et de nombreux plaisanciers ou charters, en voiliers naviguant dans les mêmes eaux que nous! Nous allons accoster dans une baie de l'île de Taha. Nous resterons à bord du bateau. L'apéritif se composera de toasts au comté et au roquefort, accompagnés d'une bonne bouteille de vin rouge; un Bordeaux. Pour le repas, nous dégusterons des steaks de thon aux épices, accompagnés de riz et de légumes frais. Pour accompagner ce repas de poisson, une bouteille de Sauvignon, du vin blanc, est parfaite. Il est toujours agréable de se retrouver sur un bateau d'une personne épicurienne et gourmet, qui aime les bonnes choses de la vie!


Le 15 juillet, réveillés avant le lever du soleil, nous nous apprêtons à mettre le cap sur une île, dont le nom fait rêver dans le monde entier. Celle qui fait fantasmer des millions de personnes à travers la planète terre; Bora Bora! Le ciel est clair! La mer s'est nettement calmée mais le vent persistant va nous permettre aisément de naviguer vers la destination choisie. J'avais rêver de découvrir cette île en bateau à voile. Le rêve va devenir réalité. A peine sommes-nous sortis de la baie de l'île de Taha dans laquelle nous nous étions protégée que nous pouvons déjà admirer la silhouette majestueuse et si particulière de notre destination finale pour la journée!

En direction de l'île, nous filons à plus de 6 noeuds de moyenne. Nous pouvons admirer des dizaines d'oiseaux planer dans le ciel. Ils piquent parfois en flèche vers la surface de l'océan pour attraper du poisson. Pourquoi, alors, ne pas tenter notre chance et espérer capturer du poisson? Au large des côtes, beaucoup de gros poissons sont délicieux à déguster et ils nous permettraient de faire des vrais orgies de poissons frais. Plus d'une heure après avoir sorti les 2 lignes de pêche, l'une d'entre-elle se déroule dans un bruit reconnaissable parmi des centaines. Nous avons une prise au bout de la canne à pêche. Joe entreprend la remontée en jouant avec l'enrouleur de la canne, celle-ci étant posée sur son ventre grâce à un dispositif particulier. Après de longues minutes d'efforts, le poisson est en vue, il se débat toujours! Il s'agit d'un Ma-hé Ma-hé de taille moyenne. Je vais terminer la remontée de la ligne. Je vais l'approcher le plus près possible du bateau pour que Joe puisse utiliser la gaffe afin de le remonter à bord! Nous achevons ces souffrances très rapidement à l'aide d'un couteau aiguisé que nous enfonçons dans son abdomen en dessus de sa nageoire dorsale. Il s'agit d'une belle prise de plus de 8kgs. Nous la découpons immédiatement et nous l'entreposons dans le réfrigérateur pour les jours à venir.

Une fois toutes ces étapes effectuées pour la capture de ce poisson, nous reprenons notre marche en avant. Plus nous nous approchons du lagon, plus la forme volcanique de l'île principale nous apparaît évidente.

Les bonnes nouvelles s'enchainent me concernant. Discutant de notre programme pour la suite, je me rends compte que je n'avais pas réellement compris leurs intentions. Leur plan est de se rendre à Rangiroa dans les Tuamotu, île que je n'ai pas encore visitée, puis aux Marquises. C'est une base parfaite pour eux, géographiquement parlant, avant de terminer leur boucle dans le Pacifique en direction d'Hawaï puis de San Francisco. Réfléchissant rapidement à ce que je veux faire, j'opte facilement pour cette option inespérée de continuer l'aventure avec eux. J'avais même envisagé, antérieurement, de trouver un bateau, effectuant exactement le même trajet qu'eux avant de me rendre en Amérique du Sud. Cela n'est plus d'actualité. J'ai en effet déjà pris mes billets d'avion pour l'île de Pâques, étape immanquable de mon point de vue lors de ce tour du monde, puis Santiago au Chili. De plus, selon Joe, un navire américain privé n'a pas le droit de transporter un étranger sur le continent américain, sans un visa particulier très dur à obtenir. Mais l'aubaine est trop belle et inespérée de se rendre dans l'archipel des Marquises.

Je ne pouvais pas rêver mieux. Les Marquises, que j'avais en haut de ma liste des lieux à visiter, avaient été écartées pour diverses raisons. Elles se présentent de nouveau à moi, dans les prochains jours, alors que nous nous apprêtons à accoster Bora Bora! La seule passe d'entrée se trouve à l'ouest. Nous attaquons notre arrivée par le sud! Nous allons donc longer le plateau corallien sur plus de 90° de son périmètre en la laissant à tribord, avant de pouvoir pénétrer dans son enceinte. La couleur de l'eau est incroyable. Nous apercevons déjà les célèbres bungalows sur pilotis, surplombant l'eau bleue turquoise, dont les photos ont faits le tour du monde.  

Nous sommes plusieurs bateaux à suivre le même cap, poursuivant la même intention, l'atteinte de ce paradis terrestre. Je suis à la barre pour franchir la passe qui nous conduira à l'intérieur. Le temps est radieux. Nous commençons à entrevoir pourquoi Bora Bora a été surnommé «La perle du Pacifique»! Après nous être ancré devant le Yacht Club, nous prenons du temps sur le bateau pour nous relaxer et profiter de ce cadre majestueux. Nous nous rendrons finalement à terre, après le coucher du soleil, pour y savourer quelques cocktails, généreusement offert par Joe. J'apprécierais à sa juste valeur ma Pina Colada faite à base de rhum, de glace noix de coco, et de jus d'ananas frais. J'échangerais avec le barman pendant que Liz et Joe consulteront internet, avec leur portable et tablette. J'essaie d'obtenir un maximum d'informations et de bons plans concernant l'île et ses secrets. Intrigué par une personne en salle, qui semble être de l'établissement, j'interroge mon interlocuteur. Ce dernier me demande d'où je viens en France? Comme habituellement ma réponse sera la suivante:  « Je suis né à Dijon où je n'ai vécu que deux ans puis j'ai passé toute mon enfance à Angers! »

Le lien est fait! Le monde est si petit! C'est son oncle, le propriétaire du Yacht club mais surtout l'ancien propriétaire du Soleil Café. Etablissement en centre-ville d'Angers qui était un bar ambiance-discothèque, où j'ai fait de mémorable « After » (à l'époque où les discothèques fermaient à 4h00 du matin, et où d'autres établissements prenaient le relais à 5h00, pour assurer la continuité de la soirée jusqu'au petit matin). Ayant envie d'aventures, de nouveaux horizons, il avait tout vendu sur Angers. Il a saisit l'opportunité qui se présentait à lui en reconstruisant cet établissement à Bora Bora, détruit quelques années auparavant lors d'une grosse tempête. Mes pensées s'envoleront alors instantanément vers Antho, Nico, Max, Elo... j'en passe et des meilleurs, avec qui j'ai partagé des moments grandioses dans son établissement à Angers. Lors des jours suivants, je vais avoir plusieurs discussions avec Beker, son neveu, et ces serveurs. Il est intéressant de voir l'arrière du décor et de comprendre le fonctionnement d'une telle installation, d'une telle entreprise, et ces ressentis à lui. Il a repris un établissement laissé en ruine. En 2011, il a reconstruit le bâtiment, il l'a mit aux normes européennes et françaises. Puis il a commencé son business. L'ouverture d'un tel établissement n'a pas été facile. En premier lieu pour se faire un clientèle et un nom. En deuxième lieu, dans un endroit isolé, tel que celui-ci en Polynésie Française, le fait d'être un métropolitain ne lui a pas facilité la tâche. Il est indispensable d'avoir des contacts, des connaissances facilitant le travail et donnant l'accès aux fournisseurs des produits de bases et matières premières pour un restaurant. Sans ces accès et la possibilité de se faire livrer à des prix raisonnables, très rapidement, il aurait pu aller à sa perte.

Les locaux, en premier lieu, lui ont mis des bâtons dans les roues. Avec le temps, la patience, une force de communication et d'échanges, il a pu obtenir les fournisseurs nécessaires, des prix correctes lui permettant de faire tourner, avec profit, son affaire. Maintenant, l'île est petite, il y a moins de 7000 habitants. Il est très facile de ne pas pouvoir éviter certaines personnes, même si vous ne les affectionnez pas particulièrement. Il affirme néanmoins toujours vivre un rêve, être sur la plus belle île du Pacifique et d'en profiter un maximum.

Je compte bien découvrir un petit peu plus cette perle du Pacifique. Je me coucherais des rêves pleins la tête, après que nous ayons, sur le bateau, dégusté les premiers morceaux de poisson de notre pêche de la matinée.

Le lendemain, Joe a besoin de se reposer, d'être au calme. Il a décidé de rester sur le bateau pendant que nous partons explorer un petit plus l'île, avec Liz. Nous allons nous rendre, à pied, dans la ville principale de l'île; Vaipate. Nous pouvons déjà constater que l'île est beaucoup moins propre que beaucoup d'autres endroits en Polynésie. Des déchets jonchent le long de la route. La circulation de voitures est assez dense, les nuisances sonores importantes. Le centre d'informations n'est pas très efficace, ou en tout cas, l'hôtesse qui nous reçoit ne l'est pas. Nous apprendrons rien de plus que nous ne savons déjà.

Je n'ai qu'une idée en tête; prendre de la hauteur, comme je l'aime, pour admirer cette île vue d'en haut. L'hélicoptère ne fait pas partie des options envisageables pour moi lors de cette étape du voyage. Le sommet le plus haut de l'île, un piton rocheux friable n'a jamais été escaladé. En revanche, son petit frère, le Mont Paiha, me fait signe du coin de l'oeil! Toutes les personnes, à qui nous demanderons plus d'informations nous déconseilleront de faire l'ascension sans un guide. Ils nous disent tous que plusieurs personnes se sont perdus et qu'il y a eu encore un mort récemment. Liz, constatant tout de même m'a forte envie de gravir ce sommet, me dit que je peux m'y lancer si j'en ai envie et qu'elle rentrera seule au bateau. Bizarrement, seul, j'obtiendrai beaucoup plus facilement des indications de direction auprès des locaux. Je sais maintenant quelle route prendre pour me rendre à la marche d'approche de cette ascension. La route goudronnée se transforme très vite en chemin de pierre cabossé. Je suis face à l'arrière du décor de l'île. Les habitants vivent dans des maisons rudimentaires. Ils ne semblent pas posséder beaucoup. Il est alors facile de comprendre la frustration qu'ils peuvent ressentir face à ce tourisme de masse et les sommes colossales dépensées par de jeunes couples en lune de miel.

Le chemin se rétrécit avant de se terminer dans un espèce de champs, à moitié défriché, avec encore quelques plants de bananiers. Plusieurs petits chemins partent dans différentes directions. Suivant mon instinct, je vais jusqu'au bout de ce champs. Un petit chemin semble s'enfoncer dans la forêt. Le tracé est très mal dessiné, en pente forte, est jonché de feuilles mortes, de racines d'arbres qui sortent de la terre de partout. Nous sommes sur une terre vierge de roches sur laquelle il est facile de glisser malgré qu'elle soit sèche. L'ascension va être sportive. Il s'agit parfois d'escalade, bien supérieur à un niveau débutant, avec des parois rocheuses de plus de 10 mètres à gravir. Heureusement, des cordes attachées à des troncs d'arbres aident à l'ascension. Elles me confirment aussi, dans ce dédale de petits chemins en pleine forêt, que je me trouve sur le bon chemin.

La sueur sur mon front dégouline maintenant à grosses gouttes. Je suis très vite trempé, en effort permanent! Le chemin est parfois inexistant. Il faut que je devine sur plusieurs mètres où je dois me diriger. Une autre fois, une paroi rocheuse non franchissable, laisse entrevoir 2 chemins qui partent à gauche et à droite. Celui de gauche sera celui qui me conduira tout en haut. La vue se découvre petit à petit avec l'altitude. La végétation changeant et diminuant en taille, me permet d'avoir une vision maintenant dégagée et bonne des lieux. L'arrivée sur la crête, puis au sommet à 642 mètres, au dessus du niveau de la mer, m'offrira des vues de toute beauté. Je peux voir ce lagon d'un bleu translucide, ces petits îlots magiques, où les couples en lune de miel sont parqués dans de confortables bungalows. Ils n'en sortent d'ailleurs que très rarement, seulement pour faire diverses activités nautiques, faire de la plongée, assister à des spectacles de danses, et pourquoi pas s'envoler dans les airs à l'aide d'un hélicoptère. Quoi qu'il en soit, pendant plusieurs jours, ils pensent être seul au monde dans un petit paradis sur terre. Pour ma part, prendre de la hauteur et me retrouver seul au sommet de Bora Bora me permet de rêver au milieu de cette nature luxuriante qui est apparue sur les cendres volcaniques riches en minéraux. Ces petites montagnes, aux abords d'une eau tropicale, riche et foisonnante, ce point de vue magnifique, me comblent. J''aurais été seul pendant toute l'ascension et plus de 45 minutes au sommet avant qu'un local, de plus de 30 ans ne m'y rejoigne, tout en haut, sous le son de musiques endiablées. Son arrivée au sommet va aussi s'accompagner de gros nuages épais. Après avoir médité et profiter d'un calme complet, je vais retrouver l'envie de danser dans un rythme et des chansons entraînantes.

Je vais prendre les devants dans la descente après quelques minutes et je ne le reverrais plus. De retour en bas, après une descente en trottinant, plusieurs locaux me demanderont si je suis bien arrivé, seul, en haut! Ils esquisseront un sourire quand je leur répondrai; « Oui, bien sûr, pourquoi? » M'arrêtant pour demander un verre d'eau, au bord d'une autre marina, je tombe sur Joe et Liz qui s'occupent de remplir la bonbonne de gaz, et se préparent à « l'Happy Hour »! C'est l'endroit rêver pour se sociabiliser et faire de nouvelles rencontres, entre autre de nombreux voyageurs en voilier. Nous dînerons tous au restaurant. Nous dégusterons de délicieux mets. Joe réglera une nouvelle fois l'addition.

Le lendemain, après une cession internet matinale, je pars explorer sous le beau temps, les quatre recoins de l'île. J'y découvre quelques belles plages et spots de plongée que j'explore avec masque et tuba. Les sites et plages sont jolis. Je garderais de bons souvenirs de cette longue promenade en solitaire. J'ai bien fait de ne pas perdre trop de temps et d'effectuer ce que je désirais voir et faire dans les premiers jours. En effet, Joe vient de regarder une nouvelle fois la météorologie. Une dépression arrive et elle devrait s'installer pour plus d'une semaine. N'ayant pas le temps d'attendre, nous allons essayer de la devancer et de partir avant son arrivée. Départ prévu le lendemain matin pour rester dans une fenêtre météorologique convenable.




Le lendemain, le 18 Juillet, nous préparons le bateau pour le départ, après un petit-déjeuner matinal. Comme pour une voiture, il suffit d'emmener le bateau à la pompe pour remplir les réservoirs de diesel. Sauf qu'en voilier, on espère toujours ne pas s'en servir et quand même avancer à la vitesse désirée grâce à la force du vent. Ca ne sera sûrement pas le cas lors de cette traversée. Nous allons, en effet, remonter au vent et l'avoir dans le nez pendant de longs miles. Cela ne nous inquiète pas outre mesure!

Le temps a déjà changé, la mer d'huile dans le lagon se transforme en clapotis! De gros nuages gris remplacent très rapidement le ciel bleu. Ils déversent les premières pluies sur cette île paradisiaque de Bora Bora qui perd alors rapidement son côté magique!

La dépression attendue, dans plus de 20h00, serait-elle arrivée en avance? Nous n'en tenons pas compte. Nous faisons nos courses alimentaires, prenons notre déjeuner dans un restaurant local, et allumons les moteurs. Sortant de la passe, le capitaine d'un catamaran, navigant en sens inverse, nous crie: « It's very bad out there! » (« C'est vraiment mauvais à l'extérieur! »). Voyant la houle d'à peine 1 mètre, avec Joe, nous rigolons de bon coeur. Nous nous moquons de lui, en nous disant qu'il s'agit sûrement d'un bateau charter n'ayant jamais navigué sur un océan!

Le temps est couvert mais les conditions semblent correctes. Nous déployons la voilure principale au tier et le Génoa dans des proportions identiques. Nous avons d'ores et déjà le vent un peu dans le nez. Nous conservons donc les moteurs allumés pour conserver notre vitesse. Nous contournons Bora Bora, par l'ouest, en direction du Nord. Dès que nous l'avons laisser derrière nous, nous prenons Cap vers le Nord-Est, en direction des Marquises, à plus de 850 miles (soit plus de 1574 kilomètres). Hors de la protection des îles-sous-le-vent, la mer va petit à petit commencer à se former. Le premier indicateur de ce changement est le vent qui se forcit fortement. La houle va suivre rapidement. Elle se forme, les creux atteignent 2, puis 3, et enfin 4 mètres de hauteur. Le bateau commence à tanguer, à jouer aux montagnes russes. Le bateau gravit les vagues une par une avant de s'écraser sur l'eau à la descente, créant de petites gerbes... Liz ne va pas supporter très longtemps ce manège de plus en plus fort. Le mal de mer va la rattraper malgré qu'elle est prise en médicament pour en éviter les effets et conséquences. Essayant de s'allonger dans la cabine principale à l'avant du bateau, elle va très vite se rabattre sur le canapé, dans la pièce de vie, pour éviter, le plus possible, l'effet trampoline se produisant sur son lit.... En effet, à cet instant, c'est l'avant du bateau qui est le plus exposé aux effets de la houle, prise de front! Nous savons qu'une nouvelle fois, nous devrons effectuer les quarts seulement à deux avec Joe.

La mer va continuer de se forcer durant la nuit. Les bruits du moteur, les vagues qui viennent s'écraser, avec fracas, sur la coque, le bateau qui retombe lamentablement sur cette surface liquide en furie, créent une atmosphère chaotique pesante... Je serais content de voir le jour se lever après mon deuxième quart de nuit!

Le lendemain, 19 Juillet, nous avançons en pleine dépression. La tempête fait rage. Le bateau peine à avancer. En permanence, la houle nous fait gravir des montagnes. Le vent continue de souffler fort et provient parfaitement de la direction que nous souhaitons prendre.

L'eau est partout. Elle impose ces contraintes. Le taux d'humidité grimpe en flèche dans la cabine, qui est bringuebalée dans tous les sens. Il est plus agréable, malgré les éclaboussures ou les litres d'eau que nous recevons de l'océan, d'être à l'extérieur pour profiter de la magie de la nature, de sa puissance, et d'un confort beaucoup plus important qu'à l'intérieur. C'est probablement une question de ressenti mais il est beaucoup plus simple pour le cerveau de s'équilibrer avec une vue à l'infini qu'enfermer dans quelques mètres carrés, bien souvent, dans ce cas, en totalité en dessous du niveau de la mer. C'est aussi le meilleur moyen de profiter du milieu extérieur marin sur lequel nous nous glissons tant bien que mal, et de sa puissance.

Liz est inexistante. Elle n'arrive pas à marcher, pas à manger et même pas à boire un thé au citron qu'elle redonne quasiment instantanément à Dame Nature... Elle gît à moitié consciente sur la banquette du salon. Quand à moi, j'ai été insidieusement désigné chef cuisinier du bateau. Je prépare la fin de notre pêche, avec du riz aux champignons et à la crème. Nous ne prendrons qu'un seul vrai repas dans la journée.

Le résumé de la journée suivante pourrait être: Toujours plus fort encore plus fort! Nous n'avons toujours pas vu le moindre rayon de soleil depuis notre départ. Le temps est maussade. L'intensité de la tempête augmente encore. Le vent dépasse maintenant en rafale les 30 noeuds. La houle atteint par moment 6 à 7 mètres de hauteur. La pluie commence à faire son apparition. Nous avons été pris par le mauvais temps, arrivé plus vite que prévu à Bora Bora. Nous sommes en plein dans l'oeil... du cyclone... Ah! non pardon, j'exagère un peu... de la dépression! Nous savons que nous sommes pas prêts d'en sortir et que nous allons subir ces conditions encore pendant plusieurs jours. La plus à plaindre c'est Liz. Elle est toujours recroquevillée sur la banquette, tout juste inerte. Elle n'a, pour ainsi dire, rien mangée depuis 3 jours. Chaque mouvement est maintenant pour elle un effort surhumain qu'elle peut à peine accomplir au vu de ces capacités actuelles. A peine, essait-elle de se mettre assise, qu'un mal de mer puissant la rappelle à l'ordre. Les vertiges apparaissent. Son cerveau n'arrive plus à coordonner l'ensemble de ces mouvements. Son problème d'infection auditive après une série de plongée avec bouteilles en Polynésie n'est sûrement pas étranger à ces difficultés qu'elle n'avait jamais éprouvées auparavant. Nous ne sommes malheureusement pas d'une grande utilité, si ce n'est que de répondre à ces besoins primaires, lui donner des médicaments, de l'eau, et effectuer l'ensemble des tâches sur le bateau pour que nous arrivions à bon bord dans les meilleures conditions possibles! Cela ne semble pas être une mince affaire!

Le bateau est bousculé dans tous les sens, les bruits omniprésents. La chaleur à l'intérieur est insoutenable. La fatigue se fait de plus en plus sentir dans les rangs. Je découvre ce que c'est de faire de longues nuits de quart. Etant seulement deux personnes actives, même quand tu te reposes, tu peux te faire réveiller pour faire des manoeuvres, pour résoudre un problème... Le bateau n'a jamais navigué dans de telles conditions. Il est soumis à rude épreuve mais il tient, pour l'instant, assez bien la navigation, en mer déchaînée. Une inspection régulière des points vitaux du bateau nous permet de nous rassurer. Malgré les conditions extrêmes de navigation, nous arrivons avec Joe à garder le sourire. J'aime vraiment sa façon de gérer simplement son embarcation. Il est juste. Il sait remercier ces équipiers pour les tâches accomplies. Il ne s'énerve pas, ou du moins, il tempère ces réactions. Il est plaisant de former un binôme avec lui. Une relation amicale s'instaure progressivement avec un donnant-donnant qui nous satisfait pleinement. C'est une relation de capitaine à matelot que nous avons établie. Mais très vite, la relation va se transformer tel qu'entre un oncle d'adoption et un neveu d'adoption. Cette dernière va au final devenir une vraie amitié où nous pouvons nous exprimer librement!

Tel la vie imprévisible, nous venons, en quelques jours, de passer d'un vrai paradis sur terre, à un chemin tortueux et un peu dangereux. Les beaux jours sur les îles de la Polynésie nous semble bien loin. Comme dans la vie, chaque instant peut emmener un bouleversement important, voir parfois irréversible. Ce n'est pas le cas pour l'instant au cours de l'expérience que nous vivons mais les éléments se déchainent tout de même très fort! Nous sommes en permanence mouillés. L'eau pénètre dans la coque sûrement par des trous au niveau du pont. La pompe automatique est en panne. Nous sommes donc obligez de pomper manuellement au niveau du cockpit et d'écoper grâce à des serviettes déposées sur le sol, côté bâbord, où l'eau s'accumule dans des cales peu profondes.

Sommes-nous bientôt sorti d'affaire? Nous n'en savons rien mais ce n'est pas le vendredi 20 juillet que la tendance va s'inverser. L'intensité de la tempête augmente encore d'un cran. Les vents atteignent maintenant plus de 33 noeuds en moyenne, avec parfois, pendant de longues minutes, des rafales établies à plus de 37 noeuds et dépassant par moment les 40 noeuds. La houle se forcit de nouveau. Elle est à plus de 5-6 mètres en permanence. Elle nous présente parfois des murs de plus de 8 mètres de haut. Dans la nuit, un jeu de lumière se crée entre l'eau et les feux de navigation rouge et vert qui danse à la proue du bateau. Avançant au prêt, avec un vent de face de plus en plus fort, le moteur est nécessaire 24h00/24, les voilures sont réduites au minimum. Le bateau ne prend pas directement les vagues de face. Mais le faible angle appliqué ne change pas grand chose au final. La proue du bateau tape violemment, encore et encore, après chaque vague que nous n'arrivons pas à surfer en descente. Des gerbes immenses d'eau sont propulsées de chaque côté du bateau. Dans le cockpit, nous sommes régulièrement aspergés d'eau de mer par les seuls embruns de mer, par les vagues qui viennent se fracasser contre la coque... Plusieurs fois ceux sont les vagues qui viendront finir directement leur course dans le cockpit. L'eau ruisselle de partout. Les infiltrations ne s'améliorent pas non plus à l'intérieur...  


Mais nous conservons une attitude de challenger prêts à relever le défi que nous présente notre environnement. Je cuisine un vrai repas consistant et chaud par jour. Le reste du temps nous grignotons de petits amuses-gueules, des céréales, du fromage avec du pain,... tel un plateau repas devant un bon film... Depuis plusieurs jours, nous avons choisi film d'actions et d'aventures! Nous avons presque le sentiment d'en être les acteurs principaux. Le film s'éternise dans le temps, les rebondissements sont multiples. Liz est, quand à elle, une actrice un peu effacée dont le rôle la plonge dans un sommeil quasi permanent. Elle pourrait jouer le rôle de la belle au bois dormant sauf qu'elle ne se trouve pas dans un donjon. Je ne suis pas sûr non plus qu'ici, un prince charmant viendra la délivrer de son sort.. Joe et moi-même sommes sur le pont en pleine action. La réalité dépasse alors la fiction!

J'essaie d'être acteur et réalisateur par la même occasion. Mais le manque de moyen de la production, au cours de cette situation très spéciale n'aidera pas le spectateur à prendre pleinement conscience de l'intensité de la scène et des moments vécus (filmant avec ma GoPro, vous pourrez tout de même avoir une idée des événements qui se déroulent à bord).

C'est à 3h00 du matin, en ce dimanche 21 Juillet, que je prends mon quart alors que Joe part se reposer. Le vent souffle toujours aussi fort, l'océan continue son bras de fer musclé. Plus de 4h00 de sommeil m'ont revigorées. Mais la fatigue commence à se faire sentir après 3 jours et presque 3 nuits que nous faisons face aux éléments.

L'eau est omniprésente, elle pénètre partout, où elle peut! Malgré de bonnes protections, un mauvais timing lors de la sortie de la cabine et c'est la douche assurée. La mer t'accueille alors, telle une amie qui ne t'aurait pas vu depuis longtemps et qui aurait envie de t'étreindre le plus fort possible en t'attendant dans la descente d'escaliers menant chez toi! Lors de cette nuit grisâtre, la lune est déjà bien ronde. Elle produit une belle lumière qui réchauffe mon coeur quand elle arrive à percer les nuages denses qui occupent le ciel. Quand, elle disparaît, à l'horizon, avant 5h00 du matin en ce dimanche, la nuit noire reprend instantanément ces droits. Le bruit du vent dans les voiles, les mouvements incessants de la baume en vibration, les vagues qui tapent contre la coque, le bateau qui s'abat régulièrement sur cette surface, le moteur qui tourne en continue, amplifient l'atmosphère sinistre alors que nous fonçons dans un milieu inconnu bien sombre...


La clarté de la lumière du jour à 6h00 me ravira. Nous venons de passer une nuit de plus sans encombre à bord de « Set Me Free »!

Pourtant très propres et ordonnés habituellement avec Joe dans nos vies respectives, nous sommes maintenant plus dans un état de survie. Nous faisons le maximum pour garder le bateau propre dans ce chaos. Cela restera tout de même un bazar monstre, entre les cales ouvertes pour écoper, les torchons et serviettes qui jonchent le sol, les affaires pleines d'eau de mer, les cousins extérieurs stockés à l'intérieur... Prendre une douche après nos quarts pour essayer de retirer le sel relève d'un vrai parcours du combattant. La règle « d'une main pour le bateau, d'une main pour soit » se confirme plus que jamais! La gîte du bateau et les mouvements permanents, dus à la houle et aux vagues, ne nous mettent pas dans une position des plus aisés. Dans les toilettes se tenir debout est une vraie mission qui relève maintenant plus d'un sport!

Le calme tant attendu semble pourtant arriver en ce début de matinée. Le vent vient de fléchir en dessous de 30 noeuds. Le soleil fait son apparition de temps en temps entre 2 nuages. Liz, qui a pris des médicaments, semble aller un peu mieux. Elle arrive à boire un peu, à manger quelques biscuits. Après avoir pris un petit-déjeuner salé avec Joe; oeufs brouillés et jambon, je me rendors instantanément pour plus de 2 heures. A mon réveil, le temps est encore clément. Pourtant la nature a décidé de ne pas encore nous laisser nous reposer et retrouver une certaine sérénité. Joe est à la barre quand l'anémomètre, placer au sommet du mât n'est plus lisible sur notre système de navigation électronique. Nous n'avons donc plus la direction et la force du vent, éléments clés à la voile! En même temps, le pilote automatique cesse de fonctionner. Joe me demande de prendre la barre. S'il n'est pas possible de réparer, nous allons devoir nous relayer à deux, 24h00/24, pour manoeuvrer le voilier.

Le temps se durcit. Je barre maintenant avec des vents qui soufflent de nouveau à plus de 30 noeuds. Des pluies diluviennes s'abattent sur nous, alors que Joe essai de réparer. La houle s'est reformée et les vagues qui me font face font parfois plus de 8 mètres. Joe est dans la cale à mes côtés. Il tente réinitialiser le pilote automatique et/ ou de détecter le problème mécanique. Je vérifie à deux fois, le haut du mât et je constate que l'anémomètre n'est plus présent. Il vient de se casser. Une partie est tombée à l'eau.

Il venait il y a seulement quelques mois de le changer. Le réparateur avait fait tomber l'instrument du haut du mât. Fragilisé, il a dû se casser à l'endroit de l'impact. Joe pourra réclamer réclamations mais quoi qu'il en soit, à l'heure actuelle ,nous ne pourrons pas avoir ces informations importantes. Nous utiliserons alors le système D, et nous serons plus à l'écoute de la mer, de ces mouvements et ces changements.

Aucune cause à effet, pure coïncidence, que le pilote automatique nous ai abandonné au même instant que l'anémomètre. A la barre, de nombreuses idées me passent par la tête. Bizarrement, elles ne sont pas toutes des plus optimistes. Franchir le pas pour penser au pire pourrait vite être franchi dans ce genre de situation mais je garde le sourire. Après plus de 30 minutes de manipulation, Joe me demande d'appuyer sur le bouton du pilote. La roue à gouverner recommence à se mouvoir seule pour garder un cap prédéfini. Le pilote automatique est de nouveau opérationnel. Nous n'aurons, du moins pour l'instant, pas besoin de barrer en permanence. Cela me permet malgré tout de me rappeler, si besoin était, le plaisir que j'ai à manoeuvrer un bateau. Je me promet, par pur plaisir et non obligation, de tenir la barre quotidiennement, pendant plusieurs heures.

Nous espérons que la loi des séries ne va pas continuer de nous frapper. Pourtant le réflecteur de radar qui s'emmêle dans les haubans, après que son support est lâché voudrait nous laisser entendre le contraire. Rien d'important concernant ce dernier, que je démontrai sans trop de problème! Nous le réinstallerons plus tard! La situation semble stabilisée. Après le déjeuner, le périple va reprendre son train train quotidien. De nombreuses pluies, des vents forts, une houle démesurée, le bateau qui tape sur l'océan après avoir décollé sur une grosse vague, sont de nouveau de la partie.



Liz s'est rendormie sur la banquette, je m'occupe du ménage, et avec Joe, nous manoeuvrons le bateau. Nous gardons l'espoir de sortir de cette dépression majeure. Nous ne savons simplement pas quand cette dernière prendra fin! L'après-midi va finalement passer très vite. Nous continuons de nous faire secouer. C'est surtout le cas lorsque des averses amorcent une augmentation significative de la force des vents. Nous avons aussi tous besoin de nous reposer. Nous allons chacun vaquer à nos occupations tel que la lecture et l'écriture. Nous n'oublions, tout de même, pas de jeter un oeil dehors. Malgré la sensation d'être seul au monde, nous ne sommes pas à l'abri de la possible rencontre avec un autre navire, sans parler de collision. Même si dans ces eaux, la probabilité que ce la se produise est moins grande que celle de «trouver une aiguille dans une botte de foin»! Nous peaufinons les réglages du mieux que possible alors que les voiles nous rappellent parfois à l'ordre en flottant violemment dans l'air! Garder le bateau le plus sec possible est aussi une mission qui nous prend pas mal de temps! L'humidité ambiante n'arrange en rien nos affaires! Tout est trempé, salé! Nous avons été accueilli tôt le matin par un splendide doubles arcs-en-ciel fort en couleurs. Ce sera un complet, et coloré, arc-en-ciel de pleine lune, le plus beau que j'ai jamais pu observer, qui terminera cette journée en beauté! Encore une fois, j'ai le sentiment que la mer s'assagit. Serait-ce, cette fois-ci, la bonne? Les prochaines heures confirmeront ou infirmeront cette tendance!

Ce magnifique phénomène naturel; l'arc-en-ciel de lune et l'apparition de l'astre lunaire sonneront bien le glas de la tempête qui sévissait. Coïncidence ou pas, l'accalmie météorologique surviendra en même temps que la montée au zénith de nos astre lunaire pleinement visible... confirmant l'importance primordiale de cet astre sur les océans, sur es déplacements et flux de ce liquide... phénomène plus communément appelé Marée. La différence est vertigineuse et quasi instantanée. La houle a fortement diminuée, le vent est tombé à moins de vingt noeuds, la pression de l'océan sur le bateau est aussi beaucoup moins grande! Je m'endors rapidement. Je dors sur la banquette du salon car le bruit infernal du moteur juste à côté de ma cabine n'est pas soutenable. Lors de mon quart, que je commence à 3h00 du matin, je suis beaucoup plus serein que les derniers jours! Je reste attentif aux réglages du voilier, à l'environnement extérieur. Les changements brutaux et possibles sont rarement complétement prévisiblse. J'écris alors au quotidien, sur des feuilles de papier volantes, des mots, des idées qui me permettront de construire l'ébauche ultérieur de mon blog que je publierai sur ces événements en cours. J'ai plus d'un mois et de demi de retard d'écriture de ce dernier... C'est à la lumière rouge tamisée du poste de contrôle, sur la table à carte que j'appose les mots sur du papier tel que je ne l'avais pas fait depuis bien longtemps. Il pourrait être intéressant de me replonger dans tous les écrits de mon passé, de mon adolescence que j'ai précieusement conservé à la maison. Ces derniers révéleraient sûrement une intéressante évolution, et un état d'esprit donné lors d'une période de ma vie totalement différente de celle que je vis actuellement.

21h30, voici venu le temps de réveiller Joe. Entre nos 2 quarts, nous allons manger ensemble. La cuisine est simple ce soir. Il s'agit de riz à la crème, aux champignons avec du jambon et des oeufs sur le plat. Juste après, le temps est venu pour moi de dormir durant les 4 prochaines heures.

Le lundi 22 Juillet, réveillé à 2h30, je sommeillerais jusqu'au début de mon quart à 3h00. La mer est toujours assez calme, les voiles sont parfaitement réglées et la vitesse est établie autour de 6 knots de moyenne. Très rapidement, après le lever du soleil à 6h00, la mer recommence à se former, le vent souffle de nouveau plus fort. Je prends la barre une première fois, puis une seconde. J'aime apprendre et jouer avec le réglage et le paufinage des voiles. La grande voile (qui s'enroule dans le mât (première fois que je navigue avec ce système) est à peine sortie au tier de sa surface totale. Le Génoa est aussi en action, à peine au quart de ces possibilités. La troisième fois que je prends la barre, après 8h00, la mer s'est reformée, les premières averses accompagnées de vents violents reprennent de plus belle. J'essaie de jouer avec la houle qui fait maintenant plus de 5 mètres de hauteur. La plupart du temps, le bateau franchis les vagues tranquillement avant de s'écraser de l'autre côté. Mais parfois, le mur est trop grand, alors la vague vient s'écraser sur le bateau, parfois dans le cockpit où je me trouve. Je suis alors recouvert d'eau de mer.. Nous ne sommes pas encore sorti de la dépression mais nous en atteignons sûrement sa circonférence extérieure. Un des éléments qui me fait dire cela est le fait que l'après-midi, nous allons être victimes d'averses monstrueuses qui s'abattent les unes après les autres, signes de bordure de dépression. Cela ne me démonte aucunement. Retroussant les manches, je mets le pilote automatique en «standby» et je prends la roue à gouverner en main. Je peux réellement sentir les éléments: l'eau de la pluie qui me fouette le visage, l'eau de mer qui m'éclabousse gentillement ou m'arrose par dizaines de litres d'eau à la fois, le vent qui siffle dans les voiles, et fait claquer mon manteau de pluie détrempé, en me faiant parfois grelotter de froid... Quand à la houle, elle nous donne une nouvelle fois le sentiment d'être dans des montagnes russes. Néanmoins ma position est beaucoup plus plaisante et confortable à l'extérieur que dans la coque. J'ai moins la sensation de vitesse car je suis moins proche de l'eau mais j'ai aussi beaucoup moins le ressenti de la gîte, du roulis et du tangage. Le fait d'être à la barre, au contrôle du navire n'y est sûrement pas étranger non plus. Nous avons cru être sorti définitivement de cette dépression mais il nous faudra encore attendre quelques heures. Même Liz, qui est toujours allongée, et qui a, à peine, avalée trois bouts de pommes de terre, en rigole (rire jaune quand tu nous tiens...). Cuisiner ces légumes, après la séance d'épluchage, préparer du poulet aux épices avec oignons et échalotes, est un peu sport dans ces conditions. Mais le capitaine appréciant la recette sera la récompense de mes efforts. La journée passe très vite et nous voilà déjà à l'orée d'attaquer notre cinquième nuit en mer! Mais nous n'avons pas encore eu, lors de cette journée, de mésaventures Cela serait-il concevable? Non!

Après que la retenue physique de la vitre se soit cassée, que l'anémomètre se soit volatilisé, la rampe d'escalier se soit dévissée, que le déflecteur de radar soit devenu inutilisable, la corde de l'enrouleur de Génoa vient de perdre sa gaine supérieure. Nous ne pouvons alors pas totalement rentrer la voile dont heureusement très peu de surface reste déployée.
Le plus grave nous guette encore! Si la corde lâche, la voile se déploiera entièrement après que l'enrouleur se soit libéré de toute contrainte et attache mécanique. En cas de gros vents, comme ceux que nous affrontons actuellement, cela pourrait nous mettre dans une situation très délicate, voire périlleuse. Après réflexion, je vais à la proue du bateau. Je fixe un cordage sur l'armature métallique du bateau et bloque l'enrouleur en rotation au cas où la corde usuelle utilisé céderait!

La nuit va être une alternance de mer plus calme et agitée, de vents oscillants entre 10 et 25 noeuds, quelques vagues assez importantes pouvant surgir de nul part! C'est cette fois-ci, au petit matin, avec le premier rayon de soleil que nous pensons être définitivement sortis d'affaire. Le vent est tombé. Je vais aider Joe à réparer le Génoa. Nous changeons de sens le cordage de l'enrouleur. Nous pouvons alors de nouveau utiliser ce dernier. J'organise la cuisine, entrepose les poubelles dans un compartiment à l'arrière, je prépare des crêpes pour le petit-déjeuner, et du pain pour les repas suivants. Différents éléments vont tout de même venir perturber cette tranquillité apparente. Nous n'avançons pas. A ce rythme, il nous faudra 8 jours de plus pour arriver à destination. Déjà 5 jours que nous sommes en pleine mer. Or la durée prévisionnelle de la navigation devait être maximum de 7 jours, et non de 13. Voyons comment la météorologie va évoluer et nous aider à atteindre Les Marquises que je souhaite maintenant découvrir plus que jamais!

Beaucoup plus grave est la constatation que nous faisons en milieu de matinée. J'avais quelques heures auparavant écoper beaucoup plus d'eau que d'habitude dans le fond des cales! Une trentaine de litres environ. 3H00 plus tard, la quantité est encore plus importante. L'eau gicle par les jointures du plancher en bois à chaque fois que le bateau tangue. Joe reste stoïque mais il se pose beaucoup de questions. De mon côté, un tas d'idées me passent par la tête. J'essaie de garder un relatif positivisme malgré les idées noires qui fusent plus rapidement que je ne peux les exprimer avec des mots. Dans ces moments là, j'aime être dans l'action. J'écope autant que possible en discutant avec Joe pour envisager toutes les solutions qui sont à notre portée. Nous allons déjà vérifier l'ensemble des tuyaux qui ont une sortie sur la mer. Continuant d'enlever un maximum d'eau directement dans la cale, sans utiliser la pompe manuelle à l'extérieure, nous reprenons les éléments un par un. Ce n'est pas directement l'état de la mer, plus calme qui peut en être responsable. Aucune fuite n'est visible dans la surface habitable et un trou dans la coque est une utopie négativiste.

Tout va finalement s'éclaircir quand Joe se rappelle d'une variable importante qui n'était pas présente les jours précédents. Il a mis en route le dessalinisateur pour produire de l'eau fraîche. Or il ne possède pas de jauge de remplissage. Il a normalement un capteur qui stoppe la production d'eau en cas de trop plein et de débordement. Mais la forte pression et les mouvements permanents ont peut être eu raison de cette système technologique aussi. Nous utilisons aussi beaucoup moins d'eau potable que quand nous sommes à terre. Finissant d'enlever le plus d'eau possible, dessalinisateur éteint, nous ne constaterons pas une grande et nouvelle augmentation intempestive du niveau de l'eau. Le soulagement est complet! En revanche, nous ne sommes toujours pas sortie de ce mauvais temps qui ne cesse de nous rattraper. Pour la énième fois, la houle se reforme, le vent souffle en rafale, et des pluies diluviennes s'abattent sur nous. Plusieurs fois, nous devrons manoeuvrer, retirer de la voilure... et bien entendu finir trempés! Des fenêtres de ciel bleu me permettent de garder le moral malgré un peu de lassitude qui commence à naître. Serait-ce trop demander que d'avoir un jour de beau temps avec des conditions optimales de vent? Les conditions paradisiaques de la navigation, pour atteindre Bora Bora, me semblent si loin.

Je ne sais pas si l'esprit du monde aura entendu mes incantassions, si notre positivisme aura permis que nos souhaits deviennent réalité, ou que simplement, nous étions maintenant et réellement en bordure de dépression, mais la mer diminue petit à petit, le vent tourne légèrement, nous permettant de ne plus l'avoir de front! Nous pouvons couper les moteurs. Nous recommençons à naviguer dans le calme le plus totale. Set Me Free est redevenu un bateau à voile à part entière. Nous entendons l'eau glisser le long de la coque, les cordages grincer dans les taquets, le vent qui taquine les voiles, et le silence de la nature à perte de vue. Nous atteignons plus de 5,5 noeuds de moyenne en remontant au vent. Moins de 6 noeuds de moyenne, ce n'est rien pas rapport aux 9 ou 10 noeuds de moyenne que nous faisions allégrement en catamaran. Mais les conditions étaient différentes. Il s'agissait de vent arrière où le comportement des multi-coques est très bon. Dans les conditions actuelles, un catamaran aurait été beaucoup moins performant. Il aurait dû tirer des bords avec un angle de plus de 60° par rapport au vent... Mais passons les détails techniques et laissons-nous bercer par ce moyen de locomotion qui redevient alors du pur plaisir.

Pour compléter le tableau idyllique, le lever de lune à 19h00 sera somptueux. Les étoiles parsemées dans le ciel redonneront la beauté incomparable de ce milieu naturel sauvage, loin de tout! Les étoiles filantes, que j'aperçois, me permettent de faire des voeux pour les Hommes de cette planète, pour les proches, et aussi un ou deux pour moi (Non, non, non, je ne vous ai pas di ce que c'était donc ils pourront se réaliser! Tralalala... Tralalalalère... moi, gardez mon âme d'enfant? Non, même pas vrai!).

Quoi qu'il en soit, je suis né sous une bonne étoile. J'espère que cette dernière continuera à me montrer le chemin à travers ce monde magnifique, mais, aussi et surtout, dans ce voyage initiatique qu'est la vie, en direction d'une paix et d'une sagesse intérieure, dans une quête d'un noble idéal me rendant libre et heureux!

Le lendemain, 24 Juillet 2013; R.A.S. (Rien A Signaler)! C'est vrai, c'est la première journée de navigation de ce périple où le soleil est présent, nous faisons de la voile sans moteur. Il n'y a rien à redire, rien dont je peux me plaindre! Comment pourrais-je alors jouer mon rôle de bon français toujours entrain de se plaindre de tout, et de ne jamais être content de rien? (N'est-ce pas un peu provocateur vis-à-vis de mes compatriotes français? Je ne le pense pas, simplement une exagération de la vérité, tout de même assez proche du quotidien dans ma belle et chère France). Je plaisante, bien entendu, ou en tout cas, j'exagère un peu le tableau concernant les Français!

Nous concernant, notre journée de navigation sera un pur bonheur. Où que nous soyons sur le bateau, le calme est de rigueur. L'océan est moins formé et il nous laisse un peu de répits pour les heures suivantes. Le bateau ne vient plus se fracasser contre la mer déchaînée, créant des bruits d'étonnant à l'intérieur, et des gerbes immenses sur les flancs du bateau à l'extérieur. Nous pouvons même un peu ouvrir les hublots pour aérer le cockpit et supprimer autant que possible cette humidité ambiante. Liz retrouve un peu de couleurs. Elle commence à parler, manger un peu plus que les derniers jours. Ces tentatives pour se lever seront encore vaines, ou du moins elles lui donneront tout de suite des sensation nauséeuses et un mal de tête intense. Joe et moi-même avons le sourire. Les discussions s'enchainent. La journée sera faite de petits plaisirs simples, de la contemplation de la nature, et de l'amélioration des réglages de la voile pour accroître nos performances. Nous n'aurons en revanche toujours pas le droit à un coucher de soleil sur l'eau. Le temps gris à repris ces droits, avant la tombée de la nuit.

Le vent se lève progressivement. Nous allons pour la première fois établir certaines performances avec ce bateau. Nous glisserons toute la nuit à plus de 7 noeuds de moyenne. Certaines heures, nous atteindrons 8, voir même 9, noeuds de moyenne. Plusieurs pointes seront établis à plus de 11 noeuds. Une nuit complète sans moteur complétera le bien-être acquis dans la journée. Mes quarts de nuit de 18h00 à 22h00, puis de 2h00 à 6h00 du matin vont s 'écouler très rapidement entre lecture, écriture, observation de la mer et des étoiles, préparation de la pâte à pain et du petit-déjeuner.

25 Juillet 2013, un autre journée de traversée en direction des Marquises. Le manque de soleil, donc la non possibilité de créer du courant avec les panneaux solaires, et surtout l'obligation de changer de cap pour atteindre notre objectif, va avoir raison de notre quiétude! A 11h00, il est temps de rallumer les moteurs, de prendre un cap 40° plus vers l'est et de nouveau affronter les vagues de front. Peu importe, l'ambiance reste au beau fixe! Liz arrive à manger toujours un peu plus. Elle se joint aussi à nous lors de divers échanges sur des sujets très variés.

L'océan et Dame Nature vont jouer avec Joe lors de cette journée en lui faisant de petites farces à répétition! Il ne sera quasiment pas sorti de la journée sauf pour une ou deux manoeuvres. Je suis tranquillement entrain de regarder le paysage quand il s'installe de l'autre côté pour utiliser la pompe manuelle d'extraction de l'eau dans les cales. Peu d'eau est présent maintenant mais par mesure de précaution, nous continuons à en évacuer le plus possible. Le cockpit est alors sec, aucune grosse éclaboussures depuis plus d'une heure. Il est à peine assis depuis quelques secondes quand une vague vient se fracasser sur la coque à tribord et le trempe entièrement. Bien calé de l'autre côté, je n'en recevrai pas une goutte. Je suis mort de rire. Nous plaisantons ensemble, et il essai de m'arroser avec la bouteille d'eau qu'il tient en main. Deuxième épisode encore plus vicelard! Il est cette fois-ci simplement dans le haut des escaliers menant à la cabine. Il est protégé à 270° par des vitres plastiques et un toit en toile. C'est le moment choisi par une vague cassante! Elle vient s'exploser à l'avant du bateau. Une quantité phénoménale d'eau ruisselle sur le pont avec une vitesse et une force impressionnante. Passant par tous les trous, tous les orifices, plus de 2 litres d'eau de mer atteignent Joe, le détrempent avant de s'écoulert dans la cabine. Ce n'est vraiment pas son jour mais il prend cela sur le ton de la rigolade, avec le sourire et philosophie. Il est simplement mécontent de se retrouver avec un tee-shirt tout propre déjà plein d'eau de mer.

Je vais passer pas mal de temps dehors à admirer cette puissance naturelle qui nous entoure. Il est intéressant de voir que le bateau passe sans problème une grosse houle de plus de 6 mètres, si elle est « roulante » (c'est à dire ayant une forme arrondie telle une colline, facile à gravir). En revanche, une petite vague cassante peut être source de grosses tensions pour le bateau. Ce dernier peut tout d'abord la percuter, créant alors des gerbes d'eau impressionnantes, ou il peut la gravir rapidement, sortir de l'eau, et venir écraser le fond plat sur la surface aquatique. Le spectacle est aussi très intéressant à l'intérieur. Avec la gîte du bateau, à travers les hublots, nous pouvons voir parfois le paysage entre ciel et mer, parfois seulement la mer, et enfin, quand le bateau est fortement inclinée, le hublot est sous l'eau et nous ne voyons plus que plusieurs mètres cubes d'eau d'une couleur bleu marine intense...

l'océan est beau par tous les temps. Lorsqu'il pleut, une atmosphère brumeuse se crée, le ciel se confond avec l'océan formant un ensemble uni. Entre averses et éclaircies, l'apparition d'arcs-en-ciel est quasi assurée. Lors du beau temps, la vision est à perte de vue, quasi infini. La couleur de l'eau est magnifique. Les levers et couchers de soleil et de lune sont toujours des spectacles uniques. Le ciel étoilé est incomparable avec ceux observables sur la terre ferme. J'aimerais que le temps soit enfin plus clément lors de cette traversée. Le ciel s'éclairci en fin de journée, quelques rayons de soleil perceront les nuages gris à l'horizon. Les couleurs dans le ciel seront belles l'espace d'un instant au moment du coucher de soleil.

Je le dis peut être trop souvent mais tant pis. Je m'estime le plus heureux des hommes sur cette terre et je ne changerai ma place avec celle d'un autre pour rien au Monde! De grosses pensées s'envolent alors pour ma famille que je chérie, et mes amis qui me sont si précieux.

Un nouveau jour se termine et le suivant sera dans la lignée des jours précédents mais avec quelques variables qui font une grande différence. En effet, en ce vendredi 26 Juillet 2013, nous ne sommes plus très loin de notre objectif. Nous redressons le Cap que nous avions établi les dernières 24h00 pour optimiser notre avancée et prenons la direction de l'île principale des Marquises; Nuku Hiva! La mer est beaucoup moins formée, la houle a sensiblement diminuée. Le soleil pointe, avec difficulté, le bout de son nez après avoir percé une épaisse couche de nuage! Liz revient petit à petit à la vie. Elle est capable de se mouvoir un peu, elle boit de nouveau des boissons fraîches et chaudes, elle mange un peu aussi. Ayant différentes conversations dans le salon avec Joe, elle prendra, comme la veille, part à ces dernières. Elle arrivera même à esquisser un sourire. Je ne réalise vraiment ce qu'elle vient de vivre; plus de 5 jours dans un quasi-coma, sans manger et presque boire, quasi-inexistante alors que nous naviguions dans des conditions relevant presque de l'extrême...

La journée va passer très vite. Ce n'est maintenant plus que quelques miles qui nous séparent de ces terres, que j'ai toujours rêver de fouler. Le calme retrouvé de la mer et la lumière du soleil lors de son coucher nous poussent à l'optimiste. Nous avons encore plus d'une nuit de navigation mais l'arrivée promise le lendemain apporte beaucoup d'optimisme et de réconfort au sein de l'équipage. Joe et moi avons aimer naviguer dans ces conditions particulières. Mais le fait de savoir que nous pourrons très prochainement poser pied à terre n'est pas pour nous déplaire non plus.

Comme nous en avons pris l'habitude, nous organisons la nuit avec des quarts de 4h00. Je ferais le premier de 18h00 à 22h00, avant que Joe enchaîne le suivant. A mon réveil, à 2h00, tous les voyants sont au beau fixe. Pour la première fois depuis le début de la traversée, la nuit est étoilée. Ce n'est plus que quelques miles qui nous séparent de notre arrivée. Seul dans le cockpit a profiter de la douce brise et des bonnes conditions de mer, je vais assister à un magnifique lever de soleil. Le ciel s'enflamme de couleurs flamboyantes au niveau de petits nuages fins formant une sorte de dentelles. Le ciel revêtira tout d'abord son apparat violet, puis rouge, rouge-orangé, et enfin jaune juste avant que le soleil se présente à l'horizon, brillant de mille feux.

L'accueil Marquisien par dame nature est exceptionnel. Après des conditions dantesques, c'est sous le soleil que je vais pouvoir m'exclamer pour la deuxième fois en quelques mois: «Terre en vue»! J'adore la sensation qui m'envahit alors, l'émotion que je ressens dans tout mon corps... J'aime être en haute mer, larguer les amarres et savoir que je prends le large pour atteindre un nouvel endroit. Mais l'intensité émotionnel est définitivement plus forte, quand après une traversée de plusieurs jours, perdus au milieu de l'océan et de flots pas toujours cléments, la délivrance est atteinte grâce à l'arrivée sur un nouveau «plancher des vaches ».

Liz et Joe n'émergeront pas d'un sommeil profond avant 9h00. La mer est maintenant presque plane. Le vent est fortement tombé et nous allons tous les trois profiter de la chaleur, assis sur les banquettes du cockpit. Tout le monde appréciera le petit-déjeuner, à base de crêpes que j'ai préparé!

Puis doucement mais sûrement, nous allons nous rapprocher de l'île de Nuku Hiva. C'est sous le soleil que je vais découvrir ces fabuleux paysages qui en ont fait sa renommée. Des falaises verdoyantes, de plusieurs centaines de mètres de hauteur, découpent la côte, avec grâce, et se jettent dans l'Océan Pacifique. Cette surface bleue infinie sépare cet archipel de plusieurs centaines de kilomètres de tout autre terre immergée.Des cascades coulent le long de ces surfaces verticales, déversant les eaux de pluies accumulées lors de pluies torrentielles fréquentes dans cette partie du monde.


Nous jetons finalement l'ancre en début d'après-midi, dans la grande baie faisant face au village principale de l'île, chef-lieu des Marquises, Taiohae! Comme pour chaque arrivée de traversée, nous ne mettrons pas l'annexe directement à l'eau pour nous rendre sur la terre ferme. Nous allons prendre le temps de nous poser un peu et de profiter du paysage qui nous entoure. Nous commençons à ranger et organiser le bateau, le laver un peu. Puis nous préparerons un bon déjeuner. Ce n'est qu'en fin d'après-midi qu'en annexe, nous atteindrons enfin le rivage de l'île de Nuku Hiva. C'est une petite gargote, en bord de mer que nous allons faire la connaissance d'autres personnes voyageant en voilier. Très vite, l'échange permet de connaître un peu mieux le parcours des autres voyageurs. Mais nous allons surtout apprendre que nous arrivons en pleines festivités sur l'île. Il s'agit d'un mini Heiva organisé dans chaque archipel. La soirée devrait être splendide!

Malgré la fatigue, nous décidons d'aller prendre le repas dans la grande salle de communauté faite en tôle. Je vais passer une soirée extraordinaire. Je vais trouver ici, ce que je croyais trouver lors des festivités du Heiva à Tahiti. Les danseurs font corps avec l'assemblée. La proximité va permettre d'augmenter l'intensité. La première partie est consacré aux danses locales marquisiennes. Je peux lire de la férocité et un côté sauvage exacerbé et conservé dans leurs danses. Sur le rythme des tam-tam, les danseurs font une épreuve de force pour montrer leur puissance et faire peur aux ennemis. La démonstration à laquelle j'assiste est proche du Haka néo-zélandais connu mondialement. Les costumes traditionnelles donnent encore plus une sensation d'authenticité. La légèreté de ces derniers laisse apparaître des corps presque dénudés de marquisiens où apparaissent des tatous tribales de grande renommée. Au première loge, assis par-terre, je vais dévorer ce spectacle des yeux.

La deuxième partie consacrée aux danses polynésiennes traditionnelles et tahitiennes continuera à me plonger dans un état semi-onirique. La réputation du déhanché des Polynésiennes n'est plus à faire, et cela pour une bonne raison. Le rapidité du déplacement du bassin, et le mouvement fessier ondulant, ont un effet hypnotisant. Le fait qu'ils nous invitent à les rejoindre sur la piste n'enlèvera rien à la beauté de la soirée, bien au contraire. Je regagnerais Set Me Free comblée par ces premières heures passées sur ces terres très particulières... Je m'endormirais la tête dans les étoiles, les yeux pétillant, avec encore l'image sur les rétines du spectacle qui m'aura été proposé!

Le beau temps est toujours au rendez-vous, le lendemain, après un réveil tardif. Il est agréable de pouvoir effectuer une nuit complète, sans la contrainte des quarts, sans les mouvements incessant du bateau. Rien de spécial de prévu au programme de cette nouvelle journée. Pourtant, comme habituellement, je ne vais pas la voir passer. Elle sera bien chargée, entre nettoyage, réparation, monter en haut du mât pour constater les dégâts sur l'anémomètre et prendre des photos pour l'envoyer au chantier naval qui avait effectués les réparations, se reconnecter avec le monde grâce à une connexion internet, et discuter avec les locaux... Nous voilà déjà en soirée! Ce soir, nous avons décidé à l'unanimité que ça serait soirée resto, puis dégustation d'un bon vin, de toasts au roquefort, brie et comté devant un film. Je suis très chanceux de pouvoir vivre ces moments et d'avoir trouvé cette opportunité sur ce bateau. J'ai vraiment la sensation d'être un membre de la famille et d'être traité comme tel!  


Le lundi matin, j'ai décidé d'obtenir des informations pour la suite de mon voyage et les différentes possibilités pour repartir en direction de Tahiti. J'ai aussi envie de découvrir un peu plus l'île. Je partirais donc seul sur la terre ferme. Renseignements pris auprès de la marina, du centre d'informations, et de l'agence de Air Tahiti, je décide de partir explorer les environs de Taiohae. Je prends la direction d'un site historique non loin de la ville. En effet les Marquises sont reconnus pour leur Tatous, leur art et sculptures, mais aussi pour leur histoire qui a crée leur identité. Avant de pouvoir rejoindre le lieux de cet ancien village typique de l'archipel, je vais essuyer le temps typique des lieux. Une averse tropicale intense s'abat sur l'île, des trombes d'eau se déversent en quelques minutes sur une surface réduite, puis les nuages repartent aussi vite qu'ils sont venus, laissant de nouveau place au soleil.

Je suis seul à visiter le site archéologique. Je vais me promener dans les dédales de ce village reconstitué, m'apprenant déjà énormément de choses sur le passé et l'art de cette île. Je vais y rester plusieurs heures avant de regagner le village avec des locaux, à l'arrière de leur pick-up!

L'environnement est propice aux plantations diverses. Je ramasserais des pamplemousses bien juteux, et des noix de coco pour les partager avec Liz et Joe. La soirée sera dans la continuité des moments passés sur Set Me Free. Le repas aura toujours des allures d'instants culinaires, avec de délicieux mets. Dans un bar, nous nous échangeons avec d'autres voyageurs. Nous ne rentrerons pas trop tard au bateau.


Après une nuit réparatrice, je m'apprête à vivre une longue journée forte en intensité. Joe et Liz dorment encore quand je quitte le bateau en faisant de l'annexe-stop. Je m'apprête à traverser l'île à pied et en stop! La montée est raide pour sortir de la baie de Taiohae. Après avoir fait la majorité de la montée, une femme, avec ces enfants, me prend en stop! Elle me laissera à l'intersection en haut de la falaise, partant en direction de l'aéroport, alors que je me dirige de l'autre côté vers l'Est. Je n'aurais pas besoin de marcher beaucoup avant d'être pris de nouveau en stop. Il s'agit cette fois-ci d'une infirmière, métropolitaine, installée aux Marquises depuis 3 ans. Elle s'est mariée l'année passée avec un Marquisien. Elle vient tout juste d'avoir un bébé. Faisant des visites à domicile, elle va tout d'abord me conduire dans le petit village de Hooumi isolé au Sud-est de l'île. Je me rends au bord de mer, grimpe sur les falaises, et visite le petit village et sa petite église. Repartant vers le centre, je vais découvrir les fabuleux paysages de cette île, sa nature verdoyante, ses falaises, et surtout la culture et l'histoire de l'île! Le premier site se trouve à Taipivai. J'y découvre les maisons traditionnelles, l'organisation d'une place centrale de village d'époque, et surtout les fameuses sculptures marquisiennes qui ont fait la renommée de cette archipel. Je vais continuer à pied jusqu'au site historique le plus important de l'archipel; celui de Hatiheu. En pleine forêt, près de Baobabs géants, je découvre une ancienne cité polynésienne et tout sa structure liée à la vie de l'époque: maisons familiales, grandes places pour les cérémonies, et les fêtes, lieu de sépulture... Je rejoins ensuite la ville d'Anaho sur la côte Nord de l'île. Les pics, les falaises, des baies magnifiques constituent la côte sur plusieurs dizaines de kilomètres. Je vais explorer les lieux pendant plusieurs heures.

C'est un peu avant la tombée de la nuit que j'entreprends de rentrer à Taiohae. La seule voiture qui passe sur la route s'arrête. Il s'agit d'une voiture d'un guide avec ces touristes... Malheureusement, elle est pleine. Ils ne peuvent donc pas m'emmener même si l'envie est présente. Je continue donc la longue montée à pied. Arrivée au sommet après plus d'une heure de marche, je vais essuyer une forte averse qui me détrempe en quelques secondes. Heureusement, je suis équipé pour garder au sec les affaires qui craignent. S'arrêtant très vite, je peux entamer la descente sans pluie. Je vais trouver un jeu sympathique qui va me motiver et me faire passer le temps à toute vitesse. Des chevaux sauvages se trouvent sur la route et descendent un peu plus loin quand je me rapproche d'eux. Je vais les courser sur plusieurs kilomètres. Le jeu m'amusera. Puis ils s'arrêteront au niveau d'un camion abandonné au bord de la route. Je pourrais alors en caresser deux avant de les dépasser et de les laisser repartir tranquillement en sens inverse. Un véhicule me prendra de nouveau en stop mais seulement pour quelques kilomètres. Arrivée à Taipivai, il me reste encore plus de 20 kilomètres, une grosse montée, et une descente infernale vers Taiohae.

La nuit commence à tomber, il est plus de 19h00 et je ne sais pas si j'aurais la chance de trouver d'autres personnes qui pourraient me facilité le retour après une journée harassante. Pendant plus d'une heure, je marche dans une semi-obscurité qui grandit à chaque pas. Deux voitures passeront sans s'arrêter. Dans beaucoup de lieux personnes ne se seraient arrêter alors que la nuit est tombée. Sur une île, les paramètres ne sont pas les mêmes. La troisième voiture s'arrêtera et me conduira jusqu'au croisement entre l'aéroport et la baie. Moins d'une minute après, la prochaine voiture, qui passe, stoppe à ma hauteur. Ils me conduiront jusqu'à la marina de la ville. Joe et Liz sont au bar accompagnés de voyageurs. Je me joins à plus d'une vingtaine de personnes pour fêter l'anniversaire d'un petit garçon de 5 ans. Une soirée de plus sur Set Me Free. Cette fois-ci, ça sera la dernière. Je prépare mon sac à dos.




Le lendemain, je laisse mon sac-à-dos à la marina et je pars pour une longue ballade en direction de l'ouest. Tous les locaux me disent que je ne pourrais pas rejoindre Hakaoui et Daniel's Bay car le chemin est long, passe plusieurs vallées et n'a pas été emprunté depuis longtemps. Je ne suis pas les conseils et je me lance dans cette randonnée qui doit me mener à une des plus hautes cascades du monde; 315 mètres de hauteur! Après avoir eu des difficultés à trouver le départ, un seul chemin part en plein forêt, traverse une première vallée et grimpe en haut de falaises dominant l'océan. Je vais ensuite longer le bord des falaises, admirer les paysages, puis perdre le chemin qui s'arrête net. Je continue alors, passe en pleine forêt. Utilisant mon sens de l'orientation, je continue d'avancer confiant. Après plus d'une demi-heure «hors piste», je retrouve la trace d'un chemin bien marqué, partant dans la bonne direction. Je vais passer à travers une autre vallée, des paysages complétement différents avec une végétation beaucoup plus abondante.

Après plus de 4h00 de marche, j'arrive à Daniel's Bay que je pouvais observer déjà depuis les hauteurs des falaises, une heure auparavant. La Baie, très fermée et entourée de falaises gigantesques, est splendide. Le chemin pour me rendre à la cascade, dans une vallée escarpée est grandiose. A travers les arbres, je pourrais bien avant d'être à son pied, l'apercevoir. Je traverse de petites rivières, avance dans un canyon de plus en plus escarpé et enfin atteint le bas de la cascade. Sa puissance est impressionnante mais il est impossible de se rendre compte de sa hauteur réelle. En effet, elle est incrustée dans la roche et effectue plusieurs zigzagues. Je suis ravi tout de même d'avoir fait ce trajet et la rencontre avec les locaux de la vallée aura été forte agréable. Un couple va me donner un très bon conseil, demander à un voilier s'il peut me ramener par la mer jusqu'à la ville de Taiohae. C'est un français installé ici depuis plusieurs mois et qui organisent des tours de voiliers pour des touristes qui se proposera de me ramener. Je ne cache pas ma joie d'avoir trouver cette solution pour le retour. Sinon, c'est sûrement dans le noir que j'aurais du finir mon chemin retour. Le séjour aux Marquises se terminent malheureusement déjà! J'aurais aimé passer plus de temps avec les locaux rencontrés et qui m'ont invités chez eux. J'aurais aimé découvrir les autres îles de l'archipel. Mais je m'estime déjà très heureux, car me rendre aux Marquises fut un bonus inattendu lors de ce séjour en Polynésie et surtout un nouveau rêve de réaliser... De nuit, je prends le chemin de l'aéroport. Je campe en pleine forêt, sur les hauteurs de Nuku Hiva.  



La nuit sera pluvieuse mais heureusement le temps va m'épargner pour la marche que j'entreprends le lendemain. Après plus de 2 heures à avancer le long de la route, la première voiture qui passera me prendra en stop. C'est à l'arrière du pick-up que je vais faire tout le trajet. En cette fin de matinée du vendredi 2 Août, je m'envole et retourne à Tahiti.  

Mon séjour en Polynésie touche aussi à sa fin. Mais les trois derniers jours sur place me promettent encore des moments d'exceptions... Je décide après avoir hésité, à aller passer ces derniers jours sur Moorea, une des îles-au-vent, situé à seulement une heure en ferry de Papeete. La traversée est agréable même si le fait de le faire en voilier aurait été beaucoup plus agréable. Et oui, une fois goûté au plaisir de la voile, il est difficile de s'en éloigner pour longtemps... Je ferais ce qu'il faut pour très vite remonter à bord d'un voilier en temps qu'équipier. Qui sait, peut être, qu'un jour je serais le propre capitaine de mon embarcation... Quoi qu'il en soit, ce n'est pas à l'ordre du jour aujourd'hui!

Alors que je prends le bus, pour me rendre du côté le plus joli de l'île, et dormir seul dans ma tente, un événement providentiel va se produire. Alors que je m'apprête à descendre quelques arrêts plus loin, deux personnes familières montent dans ce bus public. Il s'agit de Marc, propriétaire du Benneteau « Vadrouil' » et de son jeune équipier italien Giovanni. Je les avais rencontrés lors de l'arrivée de la course de pirogues à 6 que nous étions aller voir avec Barbara. Après les avoir saluer et un peu discuter avec eux, je me vois inviter à les rejoindre sur le bateau pour passer les prochains jours. J'accepte avec un enthousiasme débordant.

Nous passerons une très bonne première soirée, à raconter les derniers événements des dernières semaines et embrayant sur d'autres sujets divers et variés. Je me trouve encore face à des personnes très intéressantes et ayant une histoire passionnante. Marc, de nationalité française, a passé la majorité de sa vie en Afrique, principalement à Madagascar, et Mayotte. Il est très porté sur une nourriture très équilibrée et très étudiée afin d'apporter au corps tout ce qu'il a besoin! C'est aussi un grand sportif qui a plus de 60 ans pratique encore beaucoup d'exercices physiques.Tandis que Giovanni vient de Rome. Il est étudiant en médecine et vient de faire une pause dans ces études juste avant de commencer son internat. Il vient de traverser le Pacifique à la voile, vient de passer un peu plus d'un mois avec Marc et s'apprête à embarquer sur un autre bateau afin de se rendre en Australie.  


Après une bonne nuit, le lendemain, nous décidons de partir pour faire de la plongée avec masque et tuba sur un site très réputé à Moorea. Il s'agit d'un banc de sable où une interaction particulière se passe avec deux spécimens très spéciaux des océans... L'histoire de ces lieux commence lorsqu'un pêcheur a pris soin d'une raie pastenague blessée. Il l'a nourri et aura finalement réussi à la soigner. Depuis ce jour, des dizaines et des dizaines de raies occupent les lieux. Elles se sont tellement familiariser avec l'être humain qu'il est possible de les caresser, de les avoir sur le corps. Ce regroupement de raies attirent de nombreux requins de récifs qui essaient de tirer partie du fait que les raies soient nourries et que beaucoup de poissons tournent autour du site. De nombreux organismes touristiques organisent l'excursion jusqu'à ces lieux. Nous partirons du bord de la plage pour nous rendre sur ce banc de sable situé à plus de 500 mètres du rivage. Le spectacle est au rendez-vous. Nous pourrons admirer des dizaines de raies posées au sol et les requins tournant autour du banc de sable. L'interaction sera tout de même limitée avec ces animaux marins pour cette fois-ci. Nous en profiterons tout de même de longues minutes avant de regagner de nouveau le rivage de Moorea.

Petit flashback, pour vous permettre de comprendre comment les événements suivants vont se dérouler. Demandant notre chemin dans un grand hôtel, nous allons aussi passer au centre de plongée. En effet, Marc et Giovanni, qui ont déjà plongés ensemble aimeraient renouveler l'expérience. Ils ne sont pas vraiment satisfait des prix et des prestations proposées. Pendant qu'ils se renseignent, je regarde les vidéos sur les différentes plongées. Quelque chose me saute aux yeux. J'ai devant moi les images d'un rêve fort, que j'aimerais vraiment réaliser. Très intéressé, je demande des informations complémentaires à la secrétaire en charge du fonctionnement de la boutique. Elle va me donner de précieuses informations.

Retour au moment présent! Après ce moment agréable dans l'eau. Nous allons marcher un peu plus loin, jusqu'au lieu où se trouve la personne en charge de l'activité, que je désire faire. Nous l'attendons un peu sur une plage paradisiaque avant qu'il ne pointe le bout de son nez après 13h00. Il nous explique un peu le principe, les tenants et aboutissants. Après avoir discuté de l'aspect financier, je réserve pour le lendemain. Giovanni se tâte mais conserve son choix au soir même, tandis que Marc n'a encore aucune idée de ce qu'il va faire... Si c'est ce que je pense, alors la journée du lendemain promet d'être belle!

Rentrant au bateau, Marc me prêtera son vélo pliable pour que je puisse aller retirer de l'argent liquide afin de payer l'activité du lendemain. Là encore quelque chose d'exceptionnel va se dérouler alors que je reviens de la seule banque disponible à plusieurs kilomètres de là. Je me fais doubler par un camionnette qui n'avance pas très rapidement. Elle est suivi d'une voiture de location. Le véhicule à l'avant avance si doucement, que je vais les redoubler dans un virage. Tout d'un coup le conducteur de la voiture de location me fait de grands signes. Je ne comprends pas au premier abord. Comme prévu, je tourne à la supérette du village suivant la voiture qui en a fait autant.

Puis instantanément, je vais beaucoup mieux comprendre pourquoi le chauffeur m'a fait de grands signes de la main. Ce n'est pas par ce que je l'avais doubler ou fait une erreur de conduite. Mais il s'agit en faite d'un ancien collègue de DCNS à Cherbourg. Il s'agit de Thierry, sa femme et leur deux petites filles. Ils sont en vacances en Polynésie pour deux semaines. La rencontre fut des plus improbable mais une très belle surprise. Il m'a reconnu quand je l'ai doublé. Il s'est alors dit que c'était fou qu'un cycliste le dépasse alors qu'ils étaient en voiture... Etant un lecteur attentif de mon blog, il savaient que je me trouvais dans le Pacifique mais aucunement à Moorea en Polynésie, surtout que j'ai, à ce moment là, plus de 2 mois de retard sur la publication de mon journal de bord.

Il est parti en tant qu'expatrié, à Bombay en Inde pour le travail, emmenant dans son sillage toute sa petite famille. Il a quitté la France quasiment au même moment que je partais pour commencer mon projet de Vol Libre. Nous nous étions pas vu à Bombay car c'était la période de noël. Ils étaient alors rentrés enFrance. Il serait vraiment sympa de garder contact et de se revoir dès que possible. Surtout qu'en quelques minutes, j'ai beaucoup accroché avec leurs filles. Alors que nous parlons de divers sujets, l'une d'entre-elles m'invite déjà à rester avec eux en Inde. C'est vraiment sympa de voir la spontanéité des enfants. Le fait qu'un contact est entier et qu'il se crée très naturellement. Le moment ensemble sera trop court car ils partent pour un spectacle. Mais quoi qu'il en soit l'intensité de ce moment fut fort et je suis persuadé que nos chemins se recroiseront. La nuit est tombée quand je rentre au bateau. Je passe encore une très bonne soirée en compagnie de Marc et Giovanni.




Ils ont finalement décidés de venir tous les deux, en ce dimanche 4 Août, pour une excursion en pleine mer qui nous permettra d'observer des animaux d'exceptions. Nous sommes une dizaine sur le petit bateau à moteur avec l'organisateur du tour et un caméraman. Après moins d'une demi-heure sur l'eau, l'excitation est à son comble à bord alors que nous observons les premiers mammifères avec lesquelles nous devrions nous jeter à l'eau.

Nous voyons depuis le bateau plusieurs baleines à bosse qui se déplacent dans les fonds marins. Elles sont au nombre de cinq, deux femelles avec deux mâles leur faisant la cour. L'une d'entre-elle est accompagné d'un petit. Autour d'elles de nombreux globicéphales, ou dauphins pilotes possèdent une protubérance très prononcée au niveau du front! Ils sont des dizaines et dizaines à jouer autour des baleines.

Après quelques minutes à les observer, nous avons le premier feu vert pour nous mettre à l'eau. Nous allons les voir passer très rapidement mais je suis déjà tout existé. La joie de pouvoir nager avec les plus gros animaux au monde, encore en vie, va très vite se transformer en peur panique pour beaucoup d'entre-nous. Nous nageons dans le grand bleu quand plusieurs requins Paratta (ou requins à dorsale blanche océanique) décident de venir se mêler à la fête et jouer les troubles fête. Assez agressifs, une attaque serait mortelle. Ce n'est plus le même refrain et la même rengaine que pour les gentils requins récifs qui te tournent autour dans à peine quelques mètres de fond. Il s'agit ici de prédateurs redoutables de plus de 2 mètres qui nous testent. Nous gardons notre calme en leur faisant face. Aidé de l'énorme objectif du caméraman, nous réussirons à les écarter au loin. La plus grande frayeur sera pour trois personnes du groupe qui se situaient près de l'échelle, prêtes à remonter dans le bateau. Alors qu'ils agitent leurs palmes à la surface, un des requin intrigué fonce sur eux. Après que nous les ayons prévenus, en criant, ils remonteront à temps à bord du bateau... Pour cette fois-ci, le danger est écarté. L'expérience fut forte et tout le monde n'est pas prêt immédiatement à se remettre à l'eau. Mais l'excitation de pouvoir nager en pleine mer avec plusieurs baleines et des dizaines et dizaines de globicéphales va très vite reprendre le dessus.

Les conseils avisés de nos deux accompagnateurs vont permettre de minimiser les choses même si le danger est réel et présent. Nous comprenons très vite la chance inouïe que nous avons de nous trouver en face de tous ces animaux marins. En effet, le caméraman expérimenté est comme dingue, heureux de tout ce qu'il peut voir en une seule fois. Je comprends une fois de plus, le moment exceptionnel que je suis entrain de vivre.

Arrivé les premiers sur zone, car ayant découvert la présence des baleines, nous avons encore pour un petit peu de temps l'exclusivité du spectacle. Nous sommes prêts à nous jeter de nouveau à l'eau pour profiter un maximum du spectacle que nous réserve la nature. Plaçant le bateau dans une position parfaite, en avant des baleines, nous allons pouvoir sans trop bouger, pour ne pas effrayer les cétacés, pouvoir les observer de très près. Mesurant environ 15 mètres de long, les deux baleines qui nous font face sont magnifiques. Nous pouvons observer leur courbe impressionnantes, leur déplacement fluide dans l'eau, le jeu qui se déroule entre elles. Nous apprenons très vite la puissance qu'elles peuvent développer. En un coup de nageoire, et un mouvement de queue, si elles sentent un danger, elles se retrouvent déjà loin de nous, parfois dans la descente vers les profondeurs abyssales.

Nous profitons aussi du jeu des globicéphales aussi bien dans l'eau quand, tout près de nous, ils se retournent sur le ventre, nous regardent droit dans les yeux, que en dehors de l'eau où leur tête qui dépasse est vraiment très spécifique et reconnaissable.

Un requin Parrata rôde encore dans les parages et nous allons nous en méfier. Heureusement, ça sera la dernière fois que nous allons les apercevoir pendant toute la matinée. Nous remontons sur le bateau. Nous allons nous remettre à l'eau de nombreuse fois avec plus ou moins de réussite. En effet, les baleines se déplacent parfois rapidement et notre inertie pour se mettre à l'eau et nous déplacer dans ce milieu aquatique ne nous permet pas d'être toujours au bon endroit au bon moment. De plus, les baleines sont assez peureuses. Trop de mouvements de palmes ou encore plus des bras sont pris comme une agression par les baleines qui se défendent alors en battant de la queue et des nageoires. Et très souvent, elles s'éloignent rapidement et disparaissent dans l'immensité du grand bleu. Nous allons tout de même passer plus de 4h00 à leur côté. Je vais les approcher de très près. Tellement près qu'à un moment, des mouvements brusques de sa queue vont me faire reculer sérieusement. Le moment que je vais préférer se déroule lors de la quatrième mise à l'eau lorsque j'ai le sentiment de faire un tête à tête avec la baleine. Elle passera tout près de moi. Je suis alors sur son flanc droit. Je suis persuader qu'elle me regarde attentivement avec son oeil. Je suis émerveiller et bouche bée par cet instant magique.

Plus la matinée passe, plus d'autres organisations touristique et des particuliers se joignent à nous auprès des baleines. Les groupes de 2 et 3 baleines se séparent de plus en plus et elles sont de moins en moins accessibles. Elles nous font sentir qu'elles ne désirent plus réellement notre présence en restant de plus en plus longtemps en apnée et en étant de plus en plus mobile. Une d'entre elle nous réservera tout de même une très belle surprise en effectuant un saut majestueux hors de l'eau à quelques mètres de notre embarcation.

Nous replongerons une dernière fois à leur côté. Puis la décision sera prise d'arrêter l'expérience en haute mer et de retourner dans le lagon. Je viens de réaliser un rêve extraordinaire, un instant d'une intensité telle que j'aimerais le revivre encore de nombreuses fois. Nous allons terminer notre longue et forte matinée, en retournant sur le site où se trouvent les raies et requins de récifs inoffensifs. Contrairement à la veille, les raies vont être beaucoup plus active car le guide a amener, avec lui, des bouts de thon rouge. Les raies viennent alors nous monter dessus pour se nourrir. Elles nous effleurent, viennent au contact de notre peau. Nous pouvons aussi les toucher et découvrir la texture de leur corps. Ce lieu est un peu une attraction touristique où l'homme à complétement détourner le processus naturel pour le tourner à son avantage et en faire une attraction touristique, accessible à tous. Je me rassure en me disant que la naissance de ce lieu est venu d'une bonne action humaine par l'intermédiaire de ce pêcheur qui avait pris soin de l'animal blessé. Les faits sont là. Que je vive l'expérience ou non, ne changera pas la tournure des événements dans ces lieux. Ce n'est pas comme d'autres actions personnelles que je fais et qui peuvent avoir des impacts néfastes et environnementales. Cela me pose tout de même un petit problème éthique. Je profite tout de même à 100% du moment présent. Nous rediscuterons de tout cela un peu plus tard avec Marc et Giovanni.




De retour au bateau en fin d'après-midi, nous ne ferons pas grand chose. C'est des images pleins la tête que nous passerons une fin de journée au calme. Le lendemain, 5 Août, est mon dernier jour en Polynésie. Mar et Giovanni avaient décidés de retourner sur Papeete en ce jour. L'aubaine est trop belle. Je vais encore naviguer sur un bateau à voile. Nous levons l'ancre assez tôt. Nous avons plusieurs heures de traversée. A la sortie du lagon de Moorea, un nouveau spectacle fort va se présenter à nous. Des dizaines et des dizaines de dauphins communs vont entourer le bateau et jouer autour de nombreuses minutes. Je suis tel un enfant devant de nouveaux jouets, une glace, un morceaux de chocolat, émerveiller, et avec un grand sourire au lèvre. La nature en Polynésie Française m'aura vraiment gâtée. Elle vient peut être me dire au revoir, et de me souhaiter bon voyage. Quoi qu'il en soit cette haie d'honneur sera la plus belle que l'on aurait pu me faire.  


Après plus de trois heures de navigation, nous voilà amarrer sur une bouée à la marina Taïna.
Je vais faire quelques derniers achats puis rejoindre Manutai chez lui. C'est le polynésien qui m'avait pris en stop et m'avait dit que j'étais plus que le bienvenu chez eux de nouveau. Je vais une passé une dernière soirée très traditionnelle échangeant sur la vie des locaux, dégustant des plats typiques. Avant de me conduire à l'aéroport, il me remettra des colliers de coquillages tirés de culture polynésienne pour acceuillir ou dire au revoir à des personnes importantes.

Un peu avant minuit, le temps est venu de me rendre à l'aéroport... Tous les souvenirs de ces deux derniers mois en Polynésie se bouscule alors dans mon esprit. Je viens de vivre des moments de vie d'exception, j'ai pu voyager avec le meilleur moyen de transport dans cette région du Pacifique, le bateau à voile.   

Je ne peux regarder maintenant que vers l'avant car je m'envole vers un lieu unique qui m'a toujours fait rêver, qui a toujours fait fantasmer mon intellect passionné par l'histoire et les cultures anciennes... L'île de Pâques est maintenant à porter de mains, frôler ces terres mystérieuses est pour moi un autre moment fort de ce Vol Libre autour du monde en perspective...  






1 commentaire:

  1. Que du bonheur ! Et après la tempête et le gros temps pour aller aux Marquises, cette ile paradisiaque et où les iliens sont encore au naturel, c'est vraiment génial. On comprend pourquoi Brel a voulu y finir sa vie.
    Bon vent à toi et gros bisous.

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